I –
Jeanne, modèle de perfection
chrétienne
Dieu est à l’œuvre. Jeanne a 12 ans,
elle garde
les troupeaux familiaux. Une voix du ciel l’avertit : « Jeanne, tu
es celle que le Roi du Ciel a choisi pour le relèvement du Royaume de
France. Le
Roi du Ciel l’ordonne et le veut, la volonté qui s’accomplit dans le
ciel,
s’accomplira sur la terre ». Il en résulte chez Jeanne une plus
grande
piété prouvant que le ciel lui donne son éducation spirituelle. De Saint
Michel,
elle apprend la grande pitié du Royaume de France, en même temps elle
reçoit une
préparation aux objectifs politiques et militaires. Si bien que lorsque
vient le
moment de partir, elle ne s’étonne de rien, elle sait comme elle doit
agir dans
les conseils politiques comme sur les champs de batailles. « Je suis
née pour cela », elle l’affirme : « Il faut que j’aille vers
le Gentil Dauphin, c’est la volonté du Seigneur, le roi du ciel, que
j’aille
vers lui, dussé-je m’user les jambes jusqu’aux genoux ». A l’heure
du
départ, elle dit clairement à Jean de Metz : « Il n’est personne
au monde, ni roi, ni duc, ni fille du roi d’Ecosse, ni autres qui
puissent
secourir le royaume de France. Il n’y a de secours à espérer que de moi
».
Sa mission politique lui est dictée d’en
haut,
elle la reçoit dans l’humilité, la Providence indique tout. Les
obstacles ne
l’effrayent point. « Quand j’eusse eu cent pères et cent mères et
que
je fusse fille de Roi, je serai partie ». Elle en témoigne lors au
procès
car « mes dits et mes faits sont de la part de Dieu ». Dans
cette
soumission à la volonté divine, elle puise la force de passer outre aux
tendresses familiales. Pour suivre ses voix, elle s’arrache aux siens
« Va, fille de France ». Elle va, passant outre les dires des
juristes, des conseillers et des politiciens à l’affût des trêves,
« Vous avez été à votre conseil, leur rétorque-t-elle, j’ai
été au mien qui vaut mieux que le vôtre ». Il lui faudra parler
devant les
grands, ne rien céder à l’opposition des puissants, à l’inertie du Roi.
Elle
affronte les autorités prêtes aux compromis, elle menace le roi
étranger,
remonte le moral des populations abattues et impose à l’armée le respect
de
Dieu.
La foi de Jeanne emporte tout,
communicative elle
devient irrésistible. Elle a parfaitement compris que c’est le péché
mortel qui
fait perdre les batailles. Aux hommes d’armes déjà surpris d’avoir à
s’enrôler
sous la bannière d’une jeune fille, elle impose « qu’ils se missent
en
état d’entrer en la grâce de Dieu et que s’ils sont en bon état avec
l’aide de
Dieu, ils obtiendront la victoire ». La veille du grand combat
d’Orléans,
elle fit publier que « nul n’alla le lendemain à l’assaut s’en
s’être
présenté à confesse ». Aussitôt, la victoire remportée, elle envoie
son
chapelain « avertir publiquement tous les hommes d’armes de
confesser
leurs péchés et de rendre grâce à Dieu de leur victoire. Sans quoi, elle
ne
resterait pas parmi eux, et les laisserait là ». Devant Paris,
c’est la
retraite imbécile, « la ville eut été prise » soutient Jeanne
mais
l’archevêque de Reims est là, il prêche la modération :
« Composons, composons, la paix, la paix ». Le lendemain,
Jeanne
sentant la trahison, sa mission change de forme. Ses ennemis la disent
sorcière,
la volonté royale s’embrouille dans les compositions diplomatiques. Sous
les
remparts de Melun, une voix lui souffle « Il faut que tu sois prise
». Dans la perspective du procès devenu le mémorial de ses
victoires et de
sa passion, le témoignage de cette charité supérieure suprême où la vie
s’offre
à l’exemple du Christ au calvaire.
Elle sera brûlée vive pour n’avoir pas
voulu
renier cette mission surnaturelle dans le temps. Cette jeune fille sans
instruction va tout de même tenir tête à cinquante huit juges. Elle
triomphe des
pièges des théologiens, des canonistes. L’un de ses juges s’en aperçut
« Je pense que ce n’est pas elle qui parlait, mais qu’en elle
parlait
l’Esprit ». Elle admoneste vivement Cauchon : « Evêque, vous
dites que vous êtes bon juge, prenez garde à ce que vous faites, car en
vérité
je suis envoyée de Dieu et vous vous mettez en grand danger ». Au
moment de
partir au bûcher, elle s’écrie à nouveau : « Si je ne disais que
Dieu m’a envoyé, je me damnerai, Dieu aidant, j’espère aller en paradis
».
Telle est l’âme de Jeanne, en elle
retentit le
Fiat de la Sainte Vierge, tout y est relatif à Dieu.
II – Jeanne, Sainte
politique
Dieu a fait d’elle la grande sainte de
la charité
politique, pour appeler à sa suite toutes nos nations à reprendre le
chemin du
bien commun ouvrant sur le bonheur du ciel. « Tu es phare de
civilisation, proclame Pie XII, et l’Europe civilisée et le
monde te
doivent ce qu’il y a de plus sacré et de plus sain ; de plus sage et de
plus honnête chez tous les peuples, ce qui exalte et fait la beauté de
leur
histoire ». Nous le croyons et l’espérons comme une extrême
nécessité.
« J’eus cette volonté de croire » avoue Jeanne. Sa politique
procède d’en haut, elle a la marque divine, par là elle est présente à
toute
politique désireuse de la réalisation d’un bien commun temporel
s’entrecroisant
avec la mission de l’Eglise. Le premier regarde la terre mais il
n’oublie pas
avec le second : orienter nos âmes vers le jugement de Dieu. Toute la
mission de Jeanne le crie, elle est l’artisan d’un ordre chrétien où se
conjugue
la nature et la grâce, cette pax donnée par le Christ, vainqueur de la
mort. La
présence de Jeanne nous invite au combat politique, fondé sur la
fidélité aux
vertus théologales de foi, d’espérance et de charité.
N’oublions pas sa bravoure militaire,
elle frappe
tout le monde, son courage et sa science militaire surprennent. Suivant
son mot
d’ordre « hardiment », elle accourt et se bat là où est le
péril,
elle persiste lorsque les autres abandonnent. Jamais elle ne commande la
retraite, jamais elle n’envisage la défaite. Blessée au siège de Paris,
il faut
l’arracher de force du fossé où elle combat. La force de tenir puis de
passer à
l’attaque, dans sa certitude inébranlable du secours divin avec lequel
elle
bouscule des obstacles humainement insurmontables. La flamme du bûcher,
consumant son corps, inscrit dans le ciel que Dieu seul a sauvé la
France.
Jeanne est pour nous un modèle,
mais
aussi un avertissement face à trop de complaisance envers les
comportements du
monde, elle balaye de son épée nos propres théories et nos recettes
politiques.
La politique de Jeanne est le contraire de la laïcité excluant la foi et
le
surnaturel de la cité. Au milieu de nos générations ébranlées par le
doute,
tentées par le désespoir, Jeanne est l’expression de notre identité
française,
d’une histoire façonnée par l’ordre naturel et divin. La
puissance du
mal ne l’empêche pas d’agir, de sorte que Jésus-Christ seul assurera la
défaite
finale de l’ennemi.
L’objet de la mission temporelle
de
Jeanne est politique, rétablir l’autorité dans la cité, car d’elle vient
la
relation du bien privé au bien commun. Cette visée politique se
place
dans le sens de la réalité, nous sommes des êtres dépendants de Dieu.
Cette vision de la politique écarte les obstacles humains, elle
ne se détermine ni par l’esprit de parti, ni pour des
intérêts
particuliers mais pour l’ordre réel. « Celui, dit le
pape
Pie XI, de la bonne, de la vraie, de la grande politique, celle
dirigée vers
le plus haut bien et le bien commun… Tel est ce domaine où la politique
qui
regarde les intérêts de la société toute entière et qui sous ce rapport
est le
champ de la plus vaste charité, de la charité politique dont on peut
dire
qu’aucune autre ne lui est supérieure, sauf celui de la religion ».
Jeanne est là pour le sacre, pour
l’intégrité du
territoire, elle saisit le problème concrètement. Ce faisant, elle
réalise l’union indispensable de la politique nationale et de la
religion dans
l’unique réalité française. Elle la proclame, elle la défend et
la fait
émerger d’un immense chaos. Ce n’est pas une sainteté dans les nuages,
son sens
aigu du bien commun ne se perd pas dans un océan de religiosité
humanitaire. Sa
foi et son civisme, greffés l’un sur l’autre, sont plantés dans la même
terre de
France. Pas d’abstraction, pas de « double vérité », la sotte
conception de la séparation du religieux et du politique ne l’affleure
même pas.
Inspirée de Dieu, elle sait que les deux sont inséparables, se
compénètrent car
ils s’adressent aux mêmes hommes, tout en conservant leur finalité
propre en
rapport néanmoins avec notre fin ultime.
La partie qui se joue devant
Jeanne n’est
pas différente des défis actuels, invasions étrangères, trahison des
princes et
des clercs, démission des corps constitués. En
célébrant Sainte
Jeanne d’Arc, nous réunissons le national et le religieux, sans nous
inquiéter
des bons apôtres toujours prêts à s’entendre avec l’ennemi. Nos
adversaires sont bien semblables à ceux qui traitent Jeanne de sorcière,
de
ribaude, d’hérétique, d’invocatrice du démon. Lors de son procès, on
l’accuse de
« s’opposer à tous les traités de paix, d’inciter les hommes d’armes
à
la guerre, au meurtre, de faire répandre le sang humain… » Mais
pour
Jeanne, la première exigence de la vie nationale, c’est l’existence et
l’intégrité du territoire, la restauration de l’autorité. Elle appelle
cela
« la bonne querelle du royaume de France ». Pas de détours, elle va
directement au but, ce qu’il faut c’est la délivrance d’Orléans, le
sacre du
Roi, le départ des Anglais. « Je suis venue pour bouter l’ennemi
hors
de notre France ». S’ils ne veulent pas en convenir, « elle
leur
entrera dedans » et elle le fait. Elle offre la paix, mais dans
l’honneur,
sans question de fléchir sur le prestige et les droits de la patrie. Aux
illusionnés de la paix, elle déclare : « la paix nous ne l’aurons
qu’ au bout de la lance ». La paix n’existe pas en dehors de la
justice,
sans l’ordre et sans l’unité. Cette unité repose pour Jeanne dans le
partage
unanime d’une même foi religieuse et nationale.
Elle appelle tous les Français
de son
temps et du nôtre à cette solidarité pour la patrie. « Plus
il
y aura ensemble de sang de France, mieux cela vaudra » et tous se
mobilisent. Le pays est là tout entier : miracle bien français
et
toujours possible si la France veut retrouver en Jeanne, son âme, sa foi
et son
œuvre, si en face des idéologues malfaisants et des traîtres, la foi
rend aux
Français la ferveur des heures glorieuses de son histoire.
Nous l’avons vu la politique de Jeanne,
c’est
d’abord la subordination de l’autorité humaine à l’autorité divine. La
fidélité
de la nation à elle-même, à son intégralité morale et matérielle. C’est
la
justice sociale, l’amour du peuple dans l’accord harmonieux des libertés
naturelles garanties par l’autorité.
La reconquête commence dans nos familles
capables
de faire jaillir d’autres Jeanne, dans les communautés, bases de la
réalisation
du bien commun, dans la restauration à tous les niveaux , familles,
métiers, cités, de la notion de Bien Commun.
La mission de Jeanne continue,
ses voix
ne nous disent pas autre chose, elles nous dictent d’aller hardiment au
combat
que Dieu réclame de nous. Avec des cœurs dépouillés des péchés,
des
cœurs « doux et humbles » à l’image du Cœur Sacré de Jésus mais en
même temps magnanimes –« les hommes d’armes batailleront, Dieu
donnera
la victoire », le message est toujours actuel « Je veux
régner, révèle Jésus à Sainte Marguerite-Marie, et je régnerai
malgré
Satan et tous ceux qui voudraient s’y opposer ».
A la suite de Jeanne, Dieu
attend notre
générosité, l’élan de notre charité et Il nous donne
gratuitement la
grâce d’accomplir, non ce qui vient uniquement de nous, mais ce qui naît
directement de lui. Sainte Jeanne d’Arc et la cohorte de nos héros
nationaux, en
tous temps de notre histoire nous en fournissent la preuve et la
conviction d’un
combat utile et à l’heure de Dieu victorieux.
Le 9 mai 2010, tous à Paris
pour
honorer Sainte Jeanne d’Arc !
www.hommage-national.com