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Cette
semaine nos questions s’adressent à Pierre Hillard. Docteur en sciences
politiques et professeur dans une école de commerce, Pierre Hillard est
un spécialiste de l’Allemagne et de l’Union Européenne. Ses livres font
références en la matière. Nous l’avons interrogé sur différents sujets.
Nous le remercions d’avoir répondu à nos questions.
CIVITAS : Bonjour, pourriez-vous prendre la peine de vous présenter pour celles et ceux ne vous connaissant pas encore ?
Pierre
Hillard : Après des études d’histoire, d’études stratégiques et
politiques de défense et un doctorat en sciences politiques intitulé
« les ambiguïtés de la politique allemande dans la construction
européenne », j’enseigne les relations internationales dans une école
de commerce.
CIVITAS :
Serait-il possible d’expliquer à nos lecteurs ce qu’est la
géopolitique ? Est-elle, selon vous, une matière principale une
discipline de seconde zone ?
Pierre Hillard : « La politique d’un Etat est dans sa géographie » comme le disait Napoléon 1er.
En fonction de l’emplacement géographique, un Etat a une politique
spécifique. Ainsi, l’Angleterre étant une île n’aura pas les mêmes
ambitions qu’un pays continental comme la Hongrie. A cela, il peut se
greffer sur ce concept des thèses darwiniennes, des références raciales
propres à la politique du pays. Précisons que le mot « géopolitique » a
été inventé par un juriste suédois Rudolf Kjellen en 1900. Dans ce
domaine, nous pouvons relever quelques noms français comme André
Chéradame ou encore Jacques Bainville dans son splendide ouvrage « Les
conséquences politiques de la paix ». Il n’en reste pas moins que la
géopolitique est essentiellement allemande et anglo-saxonne.
CIVITAS :
La légende dorée propagée par certains catholiques et la légende noire
colportée par les ennemis de l’Eglise, expliquent que le Vatican
dispose des premiers et des meilleurs services secrets au monde. Qu’en
est-il réellement selon vous ? De même, est-ce que le Vatican pèse-t-il
réellement sur la scène internationale ?
PH :
Le système dure depuis 2000 ans. On peut dire que les autorités de
l’Eglise se défendent bien face à l’ennemi. Il faut dire que l’Esprit
Saint y contribue beaucoup. Plaisanterie à part, l’Eglise dispose de
relais ; mais je ne suis pas assez compétent pour en parler. En
revanche, depuis Vatican II, les autorités de l’Eglise sont plongées
dans les arcanes du nouvel ordre mondial. Cela a commencé avec
l’encyclique de Jean XXIII, Pacem in terris, qui parlait de renforcer « le bien commun universel » ; en précisant en particulier : « De
nos jours, le bien commun universel pose des problèmes de dimensions
mondiales. Ils ne peuvent être résolus que par une autorité publique
dont le pouvoir, la constitution et les moyens d’action prennent eux
aussi des dimensions mondiales et qui puisse exercer son action sur
toute l’étendue de la terre. C’est donc l’ordre moral lui-même qui
exige la constitution d’une autorité publique de compétence universelle ». On comprend que Benoît XVI ait pris le relais en appelant à un « nouvel ordre mondial » dans son message de Noël en 2005 et à une « autorité politique mondiale
» dans son encyclique « Veritas in caritate » en juillet 2009. Le
nouvel ordre mondial est une mystique contraire aux principes édictés
par le Christ. Malheureusement, les dirigeants de l’Eglise ont l’esprit
frelaté. Il est révélateur que la représentation du Vatican à
Bruxelles, la Comece, a apporté son soutien total au traité de Lisbonne
alors que celui est anti-catholique dans ses principes. Il ne faut
jamais oublier que Vatican II, c’est 1789 dans l’Eglise. On comprend
les conséquences.
CIVITAS :
Dans les milieux de la droite nationale et dans la sphère
traditionaliste, il arrive souvent que des personnes parlent de
« complot » ou de « la théorie du complot ». Est-il sérieux de penser
que certaines officines ou associations dirigent les destinées du monde
en sous main ?
PH :
En fait, des documents de première main existent pour expliquer les
coulisses du pouvoir et les conséquences de cette politique en faveur
du nouvel ordre mondial. Il faut partir à la recherche de ces documents
que l’on trouve dans les rapports des « centres de recherches » (think tanks)
ou fondations côté anglo-saxon et allemand. Dans ce cas, il n’y a pas
complot. On peut parler seulement de discrétion. Il se peut qu’il
existe quelques personnes, sorte de « grands prêtres », très discrètes
et très haut placées agissant en faveur de la mystique mondialiste. Ne
disposant pas de preuves formelles, je ne peux rien dire.
CIVITAS :
Que faut-il penser du groupe Bilderberg par exemple ? Le Siècle
regroupe en son sein une bonne partie de la classe politico-médiatique
industrielle ? Que se passe-t-il réellement lors de leurs réunions ?
PH :
Le Bilderberg est un groupe élitiste. J’invite les lecteurs à lire le
livre de Daniel Estulin « La véritable histoire des bilderbergers ».
L’auteur démontre la nocivité de ce groupe qui imprime le mouvement en
faveur du nouvel ordre mondial. C’est la même chose au niveau national
avec le « Siècle ». Ce dernier n’est qu’un relais du mondialisme.
CIVITAS :
En politique, comme à la guerre, il est important de connaître ses
ennemis afin de pouvoir les combattre efficacement. Qui sont
aujourd’hui les principaux ennemis de la France et du catholicisme ?
Est-il possible de les combattre ?
PH :
C’est l’esprit de la Révolution qui est l’ennemi principal. Les
catholiques français devraient savoir cela. Il suffit de lire Henri
Coston ou encore Yann Moncomble. Ces auteurs ont dénoncé ces menaces,
il y a 30, 40 ou encore 50 ans. Les cathos français n’ont toujours rien
compris. A votre question, peut-on les combattre ? Oui, à condition de
les connaître. Or, les auteurs susmentionnés ont alerté des menaces qui
nous assaillent. Que les cathos ne se plaignent pas. Ils ont été
prévenus ; n’ont pas voulu comprendre sauf exceptions, alors … mort aux
cons.
CIVITAS :
Quels conseils de lecture donneriez-vous aux personnes qui
souhaiteraient se former sur la question du mondialisme et de la
géopolitique ?
PH :
Il faut lire les auteurs anglo-saxons et allemands, en priorité Antony
Sutton qui a merveilleusement prouvé l’action de l’oligarchie
financière anglo-saxonne en faveur du mondialisme. En fait, ce que je
dis ne sert à rien car la tournure d’esprit des cathos est complètement
dépassée par rapport aux actions et aux méthodes de l’ennemi. Qui
connaît dans le monde catholique l’action délétère de la Paneurope.
Quasiment personne. Et pourtant, cet institut existe depuis 1922.
L’ennemi a pu agir et pervertir d’autant plus facilement qu’en face, il
y avait (et il y a toujours) une ignorance crasse doublée d’une
mentalité étriquée.
CIVITAS : Quel serait votre mot de la fin ?
PH : Nous assistons à la fin d’un monde.
Propos recueillis par Franck ABED en février 2010
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