CIVITAS : La loi sur le travail dominical
ne doit-elle pas être considérée comme une réelle avancée pour l’homme ? En
effet, ne consacre-t-elle pas le principe libéral par
excellence ?
Au nom du « libéral », les gouvernements
se croient autorisés de faire n’importe quoi. La nature, y compris la nature
humaine, a ses propres rythmes. Le repos en est un pour le règne végétal, animal
et pour les hommes. Une terre qui n’a pas connu l’hiver dans nos contrées ne
donnera jamais de blé de bonne qualité. Nous apprenons en médecine le rythme
circadien. Il s’agit d’une véritable horloge logée dans notre cerveau. Elle est
liée bien sûr à la chronologie des jours et des nuits. Mais aussi des semaines
et des saisons. La nuit est faite pour se reposer, le dimanche de même. La
médecine aborde actuellement timidement la chronobiologie. Laquelle permet de
déterminer l’efficacité d’un médicament en fonction de l’heure où il est pris.
Cette efficacité peut aller de un à deux. Au nom de quoi une notion de
libéralisme fumeux remplacerait les données élémentaires de la nature à laquelle
toute l’écologie se réfère ? Si, il y a une raison ! Celle de déstabiliser
l’être humain pour le priver progressivement de ses facultés de jugement, de
raisonnement. C’est le principe de base de tous les totalitarismes et des moyens
qu’ils ont utilisé dans l’histoire notamment par le lavage de cerveau. Les
fameux trois huit consiste à faire travailler les gens huit heures par jour mais
en décalant les périodes de travail. Une fois très tôt, une fois dans la
journée, une fois la nuit. Cela rendait les gens littéralement fous et
inefficaces. Sans parler bien sûr des conséquences sur la vie familiale sociale
et l’état de santé.
CIVITAS : Si un individu se sent en forme
et si son désir est de gagner plus en travaillant le dimanche pourquoi
faudrait-il lui interdire de travailler ?
Un tel individu à terme joue contre lui-même. Dans
notre type de société qui n’est pas équilibré par « la sueur du
front » pour l’intellectuel, ou un repos psychique pour le travailleur
manuel, tout concourt à disloquer l’homme. Tôt ou tard il le payera très cher.
La société plus encore. Cette situation fait que là aussi nous détenons un
triste record, celui du plus grand nombre de suicides après la Chine. Faire
travailler le dimanche déstabilisera un peu plus les individus avec les
conséquences des dépressions et des suicides.
CIVITAS : L’homme ne pourra-t-il pas
compenser une baisse physiologique en consommant des cachets afin d’être frais
et disponible pour accomplir sa mission le dimanche ? La France est le pays
où les individus consomment le plus d’antidépresseurs. Un comprimé de plus, un
comprimé de moins, cela va-t-il vraiment changer grand
chose ?
Rien du tout. Notre pays est actuellement le plus
grand consommateur au monde de psychotropes (toutes classes confondues), suivi
notamment par la Belgique et tous les pays qui ont perdu le repos dominical. Les
antidépresseurs ne sont pas « la pilule du bonheur ». Beaucoup de
médecin pensent qu’en réalité ils agissent comme des placébos, et qu’ils ont été
lancés artificiellement par les laboratoires pharmaceutiques. Plus on a vendu
d’antidépresseurs, plus on a vu apparaître de déprimés. Mais par la faute de la
société elle-même qui a créé les conditions humaines pour que l’homme n’en
puisse plus. D’où le recours aux drogues légales, puis aux drogues illégales. Là
aussi dans ce domaine, « on est les
champions ».
CIVITAS : Concrètement, le but de l’être
humain ne repose-t-il pas sur l’idée de sans cesse repousser ses limites ?
La barrière dominicale ne devient-elle pas un frein au bonheur de
l’homme ?
Non. Tous les sportifs de haut niveau qui
réussissent prennent le temps de se reposer physiquement et psychiquement avant
toute épreuve. Par ailleurs est-il bien sûr que le bonheur soit obligatoirement
lié au surpassement de ses propres limites ? Ne pourrait-il pas simplement
être dans le pré, dans des simples petits faits de la vie commune ou
familiale ? Aux Philippines, le septième pays le plus pauvre au monde, il
ne viendrait à personne l’idée de prendre des
antidépresseurs.
CIVITAS : Aujourd’hui la famille et la
notion de famille tendent à disparaître progressivement. A quoi donc sert-il de
maintenir le dimanche comme jour familial puisque les familles se
meurent ?
Grosse erreur. La plupart des gouvernements ont la
volonté directe de détruire les fondements de la loi naturelle par des décrets
de lois iniques contre la vie. Or un fait est là : la famille est pour tous
les hommes du monde le refuge naturel. Les apôtres du gender considérant que l’homme est une femme ou
inversement se trompent lourdement. Dans ma région qui est le Nord, un vaste
sondage a été fait par le journal La Voix du Nord. 92 % de la population
considère que la valeur la plus importante dans la vie est celle de la famille,
avant celle du travail. D’autres sondages nationaux vont dans le même sens. Y
compris dans le cadre des familles reconstituées. A ce sujet il vient d’être
démontré que le mariage est statistiquement un facteur de
longévité.
CIVITAS : La pratique de la religion
catholique dans notre pays s’estompe. Quel intérêt existe-t-il à maintenir le
dimanche comme jour du Seigneur ?
Je donne la même réponse. Les gens qui prient
vivent plus longtemps que les autres. La pratique régulière de la religion est
un facteur de paix intérieure, de repos de l’esprit. Mais l’homme a pour
première fonction de louer Dieu et de le servir. Il doit vivre le plus longtemps
possible pour le faire. Malheur à lui s’il ne le fait pas.
CIVITAS : Quel serait votre mot de la
fin ?
Le dernier Cahier Saint Raphaël qui vient de
paraître traite de la coopération au mal. Coopérer au mal c’est accepter de
composer avec tout ce qui tue la foi. Ce que Saint Thomas d’Aquin appelle la
barbarie. Faire ses courses le dimanche « parce que cela m’arrange
bien » est une coopération majeure au mal. Un catholique digne de ce nom ne
saurait l’admettre. Le feu ne peut éteindre le feu. Le mal ne peut éteindre le
mal.
Propos recueillis en décembre 2009 par Franck
ABED pour l’INSTITUT CIVITAS