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Civitas reçoit le docteur Jean-Pierre Dickès Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Civitas   
03-01-2010
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Nous recevons cette semaine le docteur Dickès qui a bien voulu répondre à nos questions. Les réponses apportées à ces dernières permettent de comprendre pour quelles raisons, en plus des préceptes religieux, le repos médical est important d’un point de vue médical et physiologique.

Nous le remercions d’avoir répondu à nos questions.



CIVITAS : Bonjour. Pourriez-vous prendre la peine de vous présenter pour celles et ceux ne vous connaissant pas encore ?


En 1965, séminariste à Paris, j’ai assisté à la désintégration du Séminaire Saint Sulpice d’Issy-les Moulineaux que j’ai du quitter. J’ai terminé mes études de médecine en 1971. En 75 la messe traditionnelle était dite devant sept personnes dans mon salon à Boulogne. A ce jour nous avons une paroisse très prospère et un pèlerinage à Notre Dame de Boulogne. En 2000, je prenais la direction de l’Association Catholique des Infirmières et Médecins, relançait la revue "les Cahiers Saint Raphaël" qui défend la morale de l’Eglise. Elle est probablement la seule de ce type en Europe. J’ajoute qu’elle est faite pour tous. Nous entretenons enfin une chapelle et un dispensaire à Mindanao, Philippines. De nombreux volontaires sont déjà passés par là. Rosa Mystica est le temps fort. Avec nos Amis d’AcimAsia, nous soignons une ville entière soit au moins 3000 patients à chaque année.

CIVITAS : La loi sur le travail dominical ne doit-elle pas être considérée comme une réelle avancée pour l’homme ? En effet, ne consacre-t-elle pas le principe libéral par excellence ?


Au nom du « libéral », les gouvernements se croient autorisés de faire n’importe quoi. La nature, y compris la nature humaine, a ses propres rythmes. Le repos en est un pour le règne végétal, animal et pour les hommes. Une terre qui n’a pas connu l’hiver dans nos contrées ne donnera jamais de blé de bonne qualité. Nous apprenons en médecine le rythme circadien. Il s’agit d’une véritable horloge logée dans notre cerveau. Elle est liée bien sûr à la chronologie des jours et des nuits. Mais aussi des semaines et des saisons. La nuit est faite pour se reposer, le dimanche de même. La médecine aborde actuellement timidement la chronobiologie. Laquelle permet de déterminer l’efficacité d’un médicament en fonction de l’heure où il est pris. Cette efficacité peut aller de un à deux. Au nom de quoi une notion de libéralisme fumeux remplacerait les données élémentaires de la nature à laquelle toute l’écologie se réfère ? Si, il y a une raison ! Celle de déstabiliser l’être humain pour le priver progressivement de ses facultés de jugement, de raisonnement. C’est le principe de base de tous les totalitarismes et des moyens qu’ils ont utilisé dans l’histoire notamment par le lavage de cerveau. Les fameux trois huit consiste à faire travailler les gens huit heures par jour mais en décalant les périodes de travail. Une fois très tôt, une fois dans la journée, une fois la nuit. Cela rendait les gens littéralement fous et inefficaces. Sans parler bien sûr des conséquences sur la vie familiale sociale et l’état de santé.


CIVITAS : Si un individu se sent en forme et si son désir est de gagner plus en travaillant le dimanche pourquoi faudrait-il lui interdire de travailler ?


Un tel individu à terme joue contre lui-même. Dans notre type de société qui n’est pas équilibré par « la sueur du front » pour l’intellectuel, ou un repos psychique pour le travailleur manuel, tout concourt à disloquer l’homme. Tôt ou tard il le payera très cher. La société plus encore. Cette situation fait que là aussi nous détenons un triste record, celui du plus grand nombre de suicides après la Chine. Faire travailler le dimanche déstabilisera un peu plus les individus avec les conséquences des dépressions et des suicides.


CIVITAS : L’homme ne pourra-t-il pas compenser une baisse physiologique en consommant des cachets afin d’être frais et disponible pour accomplir sa mission le dimanche ? La France est le pays où les individus consomment le plus d’antidépresseurs. Un comprimé de plus, un comprimé de moins, cela va-t-il vraiment changer grand chose ?


Rien du tout. Notre pays est actuellement le plus grand consommateur au monde de psychotropes (toutes classes confondues), suivi notamment par la Belgique et tous les pays qui ont perdu le repos dominical. Les antidépresseurs ne sont pas « la pilule du bonheur ». Beaucoup de médecin pensent qu’en réalité ils agissent comme des placébos, et qu’ils ont été lancés artificiellement par les laboratoires pharmaceutiques. Plus on a vendu d’antidépresseurs, plus on a vu apparaître de déprimés. Mais par la faute de la société elle-même qui a créé les conditions humaines pour que l’homme n’en puisse plus. D’où le recours aux drogues légales, puis aux drogues illégales. Là aussi dans ce domaine, « on est les champions ».


CIVITAS : Concrètement, le but de l’être humain ne repose-t-il pas sur l’idée de sans cesse repousser ses limites ? La barrière dominicale ne devient-elle pas un frein au bonheur de l’homme ?


Non. Tous les sportifs de haut niveau qui réussissent prennent le temps de se reposer physiquement et psychiquement avant toute épreuve. Par ailleurs est-il bien sûr que le bonheur soit obligatoirement lié au surpassement de ses propres limites ? Ne pourrait-il pas simplement être dans le pré, dans des simples petits faits de la vie commune ou familiale ? Aux Philippines, le septième pays le plus pauvre au monde, il ne viendrait à personne l’idée de prendre des antidépresseurs.


CIVITAS : Aujourd’hui la famille et la notion de famille tendent à disparaître progressivement. A quoi donc sert-il de maintenir le dimanche comme jour familial puisque les familles se meurent ?


Grosse erreur. La plupart des gouvernements ont la volonté directe de détruire les fondements de la loi naturelle par des décrets de lois iniques contre la vie. Or un fait est là : la famille est pour tous les hommes du monde le refuge naturel. Les apôtres du gender considérant que l’homme est une femme ou inversement se trompent lourdement. Dans ma région qui est le Nord, un vaste sondage a été fait par le journal La Voix du Nord. 92 % de la population considère que la valeur la plus importante dans la vie est celle de la famille, avant celle du travail. D’autres sondages nationaux vont dans le même sens. Y compris dans le cadre des familles reconstituées. A ce sujet il vient d’être démontré que le mariage est statistiquement un facteur de longévité.


CIVITAS : La pratique de la religion catholique dans notre pays s’estompe. Quel intérêt existe-t-il à maintenir le dimanche comme jour du Seigneur ?


Je donne la même réponse. Les gens qui prient vivent plus longtemps que les autres. La pratique régulière de la religion est un facteur de paix intérieure, de repos de l’esprit. Mais l’homme a pour première fonction de louer Dieu et de le servir. Il doit vivre le plus longtemps possible pour le faire. Malheur à lui s’il ne le fait pas.


CIVITAS : Quel serait votre mot de la fin ?


Le dernier Cahier Saint Raphaël qui vient de paraître traite de la coopération au mal. Coopérer au mal c’est accepter de composer avec tout ce qui tue la foi. Ce que Saint Thomas d’Aquin appelle la barbarie. Faire ses courses le dimanche « parce que cela m’arrange bien » est une coopération majeure au mal. Un catholique digne de ce nom ne saurait l’admettre. Le feu ne peut éteindre le feu. Le mal ne peut éteindre le mal.


Propos recueillis en décembre 2009 par Franck ABED pour l’INSTITUT CIVITAS

 
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