CIVITAS : Si le chiffre
n’est pas secret, combien enregistrez-vous de visites quotidiennes ?
Comment expliquez-vous le succès de votre
blog ?
Nous enregistrons environ 13000
connexions quotidiennes. Ce succès vient d’abord de la soif qu’ont les
internautes d’échapper à la pensée unique – il y a une vraie demande de points
de vue alternatifs. Mais ce succès est aussi dû à des caractéristiques plus
formelles, qui se rapportent au respect du lecteur : la brièveté d’abord - nos
lecteurs sont souvent des gens actifs, et ils apprécient que nos articles (nos «
posts ») ne dépassent que rarement la longueur de l’écran. Et la deuxième
caractéristique est la régularité : le lecteur ne veut pas avoir à courir de
site en site pour en trouver un qui a été mis à jour – il sait que sur le SB,
les mises à jour sont pluriquotidiennes.
CIVITAS : Dans notre
époque, la maîtrise de l’information se trouve être une donnée essentielle. Avec
tous les sites d’information, comment l’individu lambda peut-il s’y
retrouver ? D’un point de vue général, trop d’informations ne nuisent-elles
pas à l’information ?
Il faut que l'individu, et
particulièrement les personnes proches de nos idées, comprennent qu'aujourd'hui
il existe des médias qui leur conviennent pour s'informer. Comme je le disais,
la plupart des médias nous sont hostiles et les campagnes de désinformation sur
le pape au début de l'année 2009 viennent confirmer cet état de fait. Pour nous,
le principe est assez simple : nous offrons un service et le lecteur qui
souhaite être informé de l'actualité générale vient chaque jour quelques minutes
consulter la quinzaine de posts. Il y découvrira l'essentiel, qu'il ne trouvera
pas ailleurs (ce qui fait d'ailleurs notre succès) : actualité politique,
religieuse, sociale et parfois culturelle. En outre, les posts sont classés par
thème et si un lecteur est intéressé par un thème en particulier, il lui suffit
d'ouvrir cette page (par exemple la page pro-vie qui rassemble toute l'actualité
dans ce domaine) pour se tenir informé. Si un post en particulier retient son
attention, il pourra, grâce aux liens hypertextes inscrits dans le post,
remonter à la source, lire par exemple le rapport cité, retrouver la
doctrine sociale de l'Eglise sur ce sujet précis, etc. Internet met en relation
un grand nombre de sources d'informations qu'il suffit de relier entre
elles.
CIVITAS : Selon nous,
l’usage d’internet peut aussi avoir des côtés négatifs dans la diffusion des
informations. En effet les blogs dans une certaine mesure participent aux
fractionnements des idées, car ils publient des articles courts et cela de
manière répétitive. De cette manière, les sujets ne peuvent être traités à fond
et les blogs participent donc à la culture du zapping. Qu’en
pensez-vous ?
Les posts sont courts, mais ils
renvoient systématiquement à des sources plus longues (articles, encycliques,
discours, rapports), que le lecteur peut retrouver par un simple clic. Ensuite,
c'est au lecteur de prendre son temps et de s'informer à fond sur un sujet
donné. Il faut bien voir que, contrairement aux médias traditionnels (papier et
télévision), internet oblige le lecteur – l'internaute- à être actif : c'est lui
qui navigue d'informations en informations, de blogs en sites. Par ailleurs,
c’est bien cela la différence principale entre le blog et la presse :
proposer brièvement une information et les moyens honnêtes de l’approfondir par
des sources objectives en particulier la DSE et non de soumettre de longs
articles souvent engagés et subjectifs.
CIVITAS : Dans cette
bataille de l’information et de la ré-information, quel rôle peuvent jouer les
blogs catholiques et patriotes ? Est-il sérieux de penser qu’ils puissent
rivaliser avec les messages désastreux déversés par la télévision à toutes les
heures du jour et de la nuit ?
Au-delà des blogs, l’internet a
fait perdre de leur aura aux médias, en donnant à tous un accès rapide à des
sources primaires (discours, communiqués… encycliques !), permettant ainsi de
démonter de nombreuses déformations par les journalistes. Les blogs apportent
une
réplique, imparfaite mais immédiate, à la désinformation, en attendant
que d’autres organes, tels que Civitas, fournissent une analyse bénéficiant de
plus de recul. Mais il ne s’agit toujours que de brèches dans la désinformation
: les blogs ne peuvent rivaliser avec l’audience et l’impact psychologique de la
télévision. Si l’internet conservateur a tant d’influence aux Etats-Unis, c’est
parce qu’il trouve des relais dans des grands médias (radio, télévision)
échappant à la pensée
unique.
CIVITAS : Avec l’arrivée
d’internet, plusieurs phénomènes sont nés, dont notamment la création de forum
de discussion. Ces derniers permettent d’échanger sur des sujets divers et
variés, avec des utilisateurs qui, pour la plupart, usent et abusent de la
pratique du pseudonymes. Ces forums représentent-ils un intérêt dans la bataille
de la ré-information ?
La particularité d'internet, c'est qu'il redonne à
l'individu sa responsabilité. De passif devant la télévision, ou même devant la
presse écrite (à propos de laquelle les journalistes de toutes tendances – de
Libération au Figaro – se recopient allègrement sans prendre le soin d'apporter
une plus-value ou de retrouver la source de l'information), il devient actif. La
responsabilité, cela s'éduque. Il ne faut pas avoir peur de la liberté, mais il
faut savoir en user. Comme le dit la DSE, l'exercice de la responsabilité
constitue l'une des conditions des libertés civiles. A l'inverse, le socialisme,
le jacobinisme, l'étatisme tendent à déresponsabiliser l'homme. L'Etat veut trop
souvent penser, décider à notre place, via un nombre pléthorique de règlements,
de lois. L'exercice de la responsabilité est une condition de la subsidiarité
et, en ce sens, elle est conforme à la dignité de la personne humaine.
"Certaines formes de concentration, de
bureaucratisation, d'assistance, de présence injustifiée et excessive de l'État
et de l'appareil public contrastent avec le principe de subsidiarité: « En intervenant
directement et en privant la société de ses responsabilités, l'État de
l'assistance provoque la déperdition des forces humaines, l'hypertrophie des
appareils publics, animés par une logique bureaucratique plus que par la
préoccupation d'être au service des usagers, avec une croissance énorme des
dépenses ». Le manque de reconnaissance ou la reconnaissance inadéquate de
l'initiative privée, même économique, et de sa fonction publique, ainsi que les
monopoles, concourent à mortifier le principe de subsidiarité."
Pour revenir sur les forums de
discussion, et autres facebook, la personne doit exercer sa responsabilité,
laquelle, comme pour tout, a besoin d'être éduquée. Si internet devient une
occasion de se défouler, alors effectivement il y a un risque d'abus. Mais sur
un forum, vous pouvez assez rapidement résoudre un problème immédiat. Je pense
par exemple aux nombreux forums de bricolage, très utiles pour celui qui a
besoin de réparer une fuite sans faire appel au plombier. Pour un sujet
catholique, c'est un peu pareil : on gagne du temps. Plutôt que de fouiller
diverses encycliques à la recherche d'une réponse, vous pouvez poser la question
sur un forum (je pense bien entendu au célèbre Forum catholique), l'anonymat
permettant d'éviter de répandre publiquement vos états d'esprit. Généralement la
réponse vient assez vite. Enfin, la disputatio est une pratique qui s'est perdue
dans la tourmente cléricaliste de ces dernières années et que les catholiques
doivent retrouver : il y a des sujets, dans l'Eglise, qui sont libres d'être
débattus. L'immigration par exemple.
Quant à l’anonymat, il est
également nécessaire à la libération de la parole sur l’internet. Nous-mêmes
écrivons sous pseudonymes, comme presque tous les blogueurs conservateurs.
Certains journalistes ou essayistes professionnels peuvent se permettre de
bloguer sous leur vrai nom, mais pas nous: cela porterait trop préjudice à nos
activités professionnelles. La prudence l'impose.
CIVITAS : A l’heure de
l’internet et de la réactivité immédiate, une presse papier (dont les coûts de
production ne cessent d’augmenter) se justifie-t-elle encore ? Les
nouvelles générations semblent plus attirées par l’image et le son que par
l’écrit. Partagez-vous ce constat ?
Oui, la presse papier se
justifie, mais elle doit se renouveler. Elle ne peut plus se permettre de
traiter par dessus l'épaule un sujet donné, car internet le fait déjà. La presse
papier doit faire l'effort d'approfondir les sujets d'actualité. Les blogs
délivrent une réplique immédiate, à la désinformation, en attendant que la
presse papier apporte une analyse bénéficiant de plus de
recul.
CIVITAS : Pensez-vous
qu’il serait intéressant et utile de créer une télévision catholique via le
net ? Que pourrait-elle apporter de plus par rapport aux sites et aux blogs
de notre mouvance ?
La création d'une télévision
devient indispensable et un but présent à notre esprit depuis la création du
Salon Beige. Là encore, l'exemple vient des Etats-Unis où a été crée il y a une
trentaine d'années la chaîne catholique EWTN. Fondée par une religieuse, qui
enregistrait ses émissions dans un garage, elle est traduite aujourd'hui en
plusieurs langues et est suivie par des millions de téléspectateurs. Nous
espérons un jour qu'elle ouvre une chaîne francophone.
CIVITAS : Aujourd’hui
les catholiques sont divisés. Aujourd’hui il existe de nombreux blogs
d’informations catholiques. L’heure ne serait-elle pas à l’union afin de créer
un seul portail d’information catholique pour montrer le chemin aux différents
groupes catholiques ?
Je ne le crois pas. L'unité de
foi ne doit pas conduire à l'uniformité de son expression. Internet est une arme
pour lutter contre la concentration médiatique de l'information. Nous n'allons
donc pas refaire sur internet ce que nous dénonçons par ailleurs ! Si nous
travaillons en bonne intelligence avec d'autres blogs, catholiques ou non, nous
souhaitons garder nos spécificités. Cela permet une saine émulation entre nous,
qui nous oblige à rester vigilants. Cela permet aussi de satisfaire les
lecteurs, selon leurs approches, leurs préférences, leur sensibilité. Tel blog
est plus focalisé sur l'actualité religieuse, tel autre met en ligne un certain
nombre de vidéos, un autre traite plus spécifiquement de l'actualité pro-vie, un
autre de l'éducation, un autre fait plus appel au militantisme,
etc.
CIVITAS : Quel serait
votre mot de la fin ?
Aujourd'hui, le combat est
culturel. Le Saint-Père l'a rappelé à maintes reprises et les catholiques
doivent aujourd'hui reprendre l'offensive sur ce terrain. Nous en avons les
moyens, nous ne pouvons plus nous permettre de les ignorer. Les catholiques
doivent utiliser et exploiter leurs propres médias. Le combat culturel mènera
aux victoires politiques.
Propos recueillis par Franck
ABED pour L’Institut
CIVITAS.