|
Nous
recevons cette semaine le général Legrier, président du Mouvement
Catholique des Familles, pour un entretien traitant de la loi sur le
travail dominical. Celui-ci permet de poser le débat et d’envisager
cette épineuse question sous l’angle familial, trop souvent oublié
à notre goût. Nous le remercions d’avoir bien voulu répondre à
nos questions.
INSTITUT
CIVITAS : La loi sur le travail dominical ne permettra-t-elle
pas, finalement, aux membres d’une même famille de se retrouver le
dimanche dans le but de faire des courses tous ensemble ?
Oui,
sans doute, à condition qu’aucun membre de la famille ne soit au
travail ce jour là. On peut imaginer un grand moment d’émotion
quand papa et les enfants passeront à la caisse derrière laquelle
travaille maman ; plus le chariot sera rempli, plus l’instant
durera… Faire les courses tous ensemble, pourquoi pas, mais
pourquoi le dimanche ?
INSTITUT
CIVITAS : Dans le même ordre d’idée, un père ou une mère
de famille ne gagneraient-ils pas davantage d’argent en travaillant
le dimanche ? Ainsi ne seront-ils plus à même de faire plaisir
à leur famille en dépensant plus pour elle ?
La
famille a besoin d’un revenu pour vivre ; pour autant le
revenu n’est pas son seul besoin et dépenser plus n’apporte pas
forcément plus de bonheur. Les enfants les plus gâtés ne sont pas
les plus heureux ! Le lien de la famille, c’est l’amour
réciproque, des parents entre eux et avec leurs enfants. Entretenir
cet amour suppose un peu de temps à consacrer à son conjoint, à
ses enfants. Le repos dominical en donne la possibilité.
INSTITUT
CIVITAS : Pourquoi donc est-ce si important de maintenir le
repos dominical quand, par exemple, les familles peuvent se retrouver
le vendredi soir ou même toute la journée du samedi ?
Il
peut bien sûr et heureusement y avoir d’autres moments de
convivialité familiale, mais ils sont variables selon les
circonstances et donc incertains. Si on trouve des prétextes pour ne
pas respecter le dimanche, on en trouvera de bien plus plausibles
encore pour les autres jours de la semaine. La messe anticipée du
samedi soir n’a pas, que je sache, augmenté la pratique ni la
ferveur religieuse. Depuis la genèse, le septième jour est consacré
au repos, pour que l’homme, au moins ce jour là, se souvienne de
Dieu. Le dimanche est notre héritage des siècles de chrétienté,
conservons-le au moins comme nous entretenons nos cathédrales et les
calvaires aux carrefours de nos routes.
INSTITUT
CIVITAS : La France est de moins en moins catholique. Le temps
ne semble-t-il pas venu de gommer les derniers éléments chrétiens
de notre civilisation pour entrer pleinement et intégralement dans
la société de consommation ?
Si
la France est de moins en moins catholique, soyons-le, nous, de plus
en plus, et sans complexe ! Nous vivons certes dans une société
de consommation, et nous consommons. Mais le dimanche est bien là
pour nous rappeler que nous ne sommes pas seulement des
consommateurs, ce que chacun, catholique ou non, peut comprendre.
INSTITUT CIVITAS : Le dimanche matin au lieu
d’aller à la messe certains pratiquent le vélo. D’autres
préfèrent, durant l’après-midi, jouer au football ou au rugby.
Pour quelles raisons « faire les magasins » le dimanche
ne serait-il pas une activité ludique comme une autre ?
Parce que « faire les
magasins » pour les uns suppose que d’autres ne puissent ni
pratiquer le vélo, ni aller à la messe. Il
n’entre pas dans le rôle du législateur de décider à quoi
chacun doit vaquer le dimanche, mais de préserver le bien commun de
la société dont fait partie le repos dominical.
INSTITUT
CIVITAS : Le travail permet l’accomplissement et
l’épanouissement des êtres humains. Vous paraît-il sérieux
qu’une loi ou un code moral restreignent l’envie de travailler
d’une personne ?
Le
repos du dimanche avait été supprimé par la révolution sur
l’influence des philosophes des lumières (l’Encyclopédie
prônait le travail du dimanche « pour l’enrichissement de
tous » !). Rétabli par Louis XVIII, il était tombé en
désuétude sous Louis Philippe (sanctions non appliquées) et aboli
en 1880. On peut sérieusement douter que les femmes et les enfants
travaillant 12 heures par jour au 19ème
siècle se soient pleinement épanouis dans cette situation. Les
catholiques sociaux se sont battus notamment pour son rétablissement
qui n’interviendra qu’en 1906, dont la loi sera fondée sur deux
valeurs : le repos et la famille. Même si sa portée se veut
limitée, la loi de 2009 est bien une régression sociale pour une
finalité mercantile.
INSTITUT
CIVITAS : Pour finir, pouvez-vous nous citer un point positif
que permet cette loi sur le travail dominical ?
Elle
nous permet de réagir ! En nous posant d’abord la question de
savoir si nous, familles catholiques, nous sanctifions bien le
dimanche comme il se doit. En témoignant ensuite, sans agressivité
mais avec fermeté, de notre désir de voir les lois de notre pays
respecter les lois posées par le Créateur de toute chose.
Propos
recueillis par Franck ABED. Pour l’Institut Civitas.
|