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Entretien avec Monsieur Legrier Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Civitas   
22-10-2009

legriermcf.jpgNous recevons cette semaine le général Legrier, président du Mouvement Catholique des Familles, pour un entretien traitant de la loi sur le travail dominical. Celui-ci permet de poser le débat et d’envisager cette épineuse question sous l’angle familial, trop souvent oublié à notre goût. Nous le remercions d’avoir bien voulu répondre à nos questions.


INSTITUT CIVITAS : La loi sur le travail dominical ne permettra-t-elle pas, finalement, aux membres d’une même famille de se retrouver le dimanche dans le but de faire des courses tous ensemble ?

Oui, sans doute, à condition qu’aucun membre de la famille ne soit au travail ce jour là. On peut imaginer un grand moment d’émotion quand papa et les enfants passeront à la caisse derrière laquelle travaille maman ; plus le chariot sera rempli, plus l’instant durera… Faire les courses tous ensemble, pourquoi pas, mais pourquoi le dimanche ?

INSTITUT CIVITAS : Dans le même ordre d’idée, un père ou une mère de famille ne gagneraient-ils pas davantage d’argent en travaillant le dimanche ? Ainsi ne seront-ils plus à même de faire plaisir à leur famille en dépensant plus pour elle ?

La famille a besoin d’un revenu pour vivre ; pour autant le revenu n’est pas son seul besoin et dépenser plus n’apporte pas forcément plus de bonheur. Les enfants les plus gâtés ne sont pas les plus heureux ! Le lien de la famille, c’est l’amour réciproque, des parents entre eux et avec leurs enfants. Entretenir cet amour suppose un peu de temps à consacrer à son conjoint, à ses enfants. Le repos dominical en donne la possibilité.


INSTITUT CIVITAS : Pourquoi donc est-ce si important de maintenir le repos dominical quand, par exemple, les familles peuvent se retrouver le vendredi soir ou même toute la journée du samedi ?

Il peut bien sûr et heureusement y avoir d’autres moments de convivialité familiale, mais ils sont variables selon les circonstances et donc incertains. Si on trouve des prétextes pour ne pas respecter le dimanche, on en trouvera de bien plus plausibles encore pour les autres jours de la semaine. La messe anticipée du samedi soir n’a pas, que je sache, augmenté la pratique ni la ferveur religieuse. Depuis la genèse, le septième jour est consacré au repos, pour que l’homme, au moins ce jour là, se souvienne de Dieu. Le dimanche est notre héritage des siècles de chrétienté, conservons-le au moins comme nous entretenons nos cathédrales et les calvaires aux carrefours de nos routes.


INSTITUT CIVITAS : La France est de moins en moins catholique. Le temps ne semble-t-il pas venu de gommer les derniers éléments chrétiens de notre civilisation pour entrer pleinement et intégralement dans la société de consommation ?

Si la France est de moins en moins catholique, soyons-le, nous, de plus en plus, et sans complexe ! Nous vivons certes dans une société de consommation, et nous consommons. Mais le dimanche est bien là pour nous rappeler que nous ne sommes pas seulement des consommateurs, ce que chacun, catholique ou non, peut comprendre.


INSTITUT CIVITAS : Le dimanche matin au lieu d’aller à la messe certains pratiquent le vélo. D’autres préfèrent, durant l’après-midi, jouer au football ou au rugby. Pour quelles raisons « faire les magasins » le dimanche ne serait-il pas une activité ludique comme une autre ?

Parce que « faire les magasins » pour les uns suppose que d’autres ne puissent ni pratiquer le vélo, ni aller à la messe. Il n’entre pas dans le rôle du législateur de décider à quoi chacun doit vaquer le dimanche, mais de préserver le bien commun de la société dont fait partie le repos dominical.


INSTITUT CIVITAS : Le travail permet l’accomplissement et l’épanouissement des êtres humains. Vous paraît-il sérieux qu’une loi ou un code moral restreignent l’envie de travailler d’une personne ?

Le repos du dimanche avait été supprimé par la révolution sur l’influence des philosophes des lumières (l’Encyclopédie prônait le travail du dimanche « pour l’enrichissement de tous » !). Rétabli par Louis XVIII, il était tombé en désuétude sous Louis Philippe (sanctions non appliquées) et aboli en 1880. On peut sérieusement douter que les femmes et les enfants travaillant 12 heures par jour au 19ème siècle se soient pleinement épanouis dans cette situation. Les catholiques sociaux se sont battus notamment pour son rétablissement qui n’interviendra qu’en 1906, dont la loi sera fondée sur deux valeurs : le repos et la famille. Même si sa portée se veut limitée, la loi de 2009 est bien une régression sociale pour une finalité mercantile.


INSTITUT CIVITAS : Pour finir, pouvez-vous nous citer un point positif que permet cette loi sur le travail dominical ?

Elle nous permet de réagir ! En nous posant d’abord la question de savoir si nous, familles catholiques, nous sanctifions bien le dimanche comme il se doit. En témoignant ensuite, sans agressivité mais avec fermeté, de notre désir de voir les lois de notre pays respecter les lois posées par le Créateur de toute chose.


Propos recueillis par Franck ABED. Pour l’Institut Civitas.


 
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