Perplexité
C'est bien le mot qui ressort après
la visite du Président Sarkozy au Saint Père le jeudi
20 décembre.
Perplexité devant les propos
de Sarkozy
A écouter le discours qu'il a
prononcé au Latran, on pourrait croire que notre président
est un défenseur des racines chrétiennes de la France,
d'une conception de la société qui donne au
catholicisme toute la place qui lui revient.
Il n'y a qu'à
l'écouter : « Les racines de la France
sont essentiellement chrétiennes »,
ajoutant qu'il tenait à « assumer pleinement le
passé de la France et ce lien particulier qui a si longtemps
uni notre nation à l'Église ». De la
même manière, Nicolas Sarkozy s'est montré un
pourfendeur de la laïcité du début du XXème
siècle : « La laïcité n'a pas
le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes.
Elle a tenté de la faire. Elle n'aurait pas dû ».
Il est même allé jusqu'à souhaiter un
engagement plus marqué des catholiques dans la société :
« Ce que j'ai le plus à cœur de vous dire,
c'est que dans ce monde obsédé par le confort matériel,
la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas
d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient. Partout
où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions,
auprès des jeunes, dans le dialogue interreligieux, dans les
universités, je vous soutiendrai ».
Perplexité
devant l'attitude du Vatican
Certes le Saint
Siège n'a pas été dithyrambique pour qualifier
les rapports entre l'Église catholique et la République
française parlant seulement de « bonnes
relations » dans un communiqué publié pour
l'occasion, encore que le Vatican ait évoqué des
«entretiens cordiaux ». Mais on pouvait surtout
s'attendre de la part des autorités romaines à ce
qu'elles évoquent des points de divergence et même
d'opposition par rapport à la politique élyséenne.
De fait, rien qu'au regard des points non négociables,
chers à Benoît XVI, il y avait des sujets de discussion,
voire de conflit :
-
rôle
premier d'éducateur des parents, alors que la République
française vient d'interdire le regroupement scolaire, et
qu'un rapport sur l'école maternelle, commandé par
Xavier Darcos, préconise
que la scolarité soit obligatoire à partir de trois
ans,
-
reconnaissance de la forme
traditionnelle de la famille, alors que le gouvernement français
cède progressivement aux pressions du lobby gay et qu'avec
le futur jugement de divorce prononcé par un notaire il range
le mariage au niveau d'une option personnelle
-
défense de la vie, alors
que la politique pro-avortement ne cesse de s'étendre et
que les défenseurs de l'euthanasie reçoivent le
soutien du gouvernement.
Qu'en conclure ?
La teneur des
entretiens privés entre le Saint Père et le président
de la république n'ayant pas filtré, on en peut que
s'en tenir aux communiqués et comptes rendus des medias.
Or nulle part, il
est fait mention d'un débat entre les deux hommes, encore
moins de divergences, de remontrances.
On peut ne pas
être étonné du discours très
« catholiquement correct » de Sarkozy, nous
sommes maintenant habitués à voir ce personnage,
opportuniste à souhait, ratisser très large à
droite comme à gauche ; au temps de la campagne
présidentielle il avait tenu des propos très
droitistes, même et surtout s'il ne les a pas mis en
application depuis.
On peut en
revanche être étonné et déçu par
l'attitude du saint Père, lui qui a si souvent apporté
son soutien aux défenseurs de la vie, qui a régulièrement
rappelé que la loi de Dieu l'emporte sur toute autre loi,
qui a beaucoup parlé sur les trois points non négociables.
On ne peut qu'être étonné et déçu
de l'absence, au moins apparente, du rappel des points forts de la
doctrine sociale de l'Église battus en brèche par la
république française et la politique de son
président.
Cette attitude est peut-être liée à
des considérations diplomatiques plus hautes qui échappent
aux simples fidèles que nous sommes, peut-être est-elle
due à des enjeux davantage politiques non divulgués.
Espérons
que ce ne soit pas plus prosaïquement parce que la Saint Père
a pris pour argent comptant le discours de Sarkozy ou pire parce
qu'il adhère lui aussi, d'une certaine manière, à
la liberté religieuse et à la laïcité que
promeut le chef de l'état.
Toujours est-il que
les défenseurs de la vie et plus généralement
les catholiques soucieux de restaurer une France chrétienne ne
pourront pas s'appuyer sur les positions du Pape lors de la visite
de Sarkozy pour dénoncer la politique de mort et
antichrétienne que le président français conduit
avec un zèle et une application manifestes.
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