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Rencontre Sarkozy et Benoit XVI : perplexité Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Martin Pellerin   
04-01-2008

Perplexité

C'est bien le mot qui ressort après la visite du Président Sarkozy au Saint Père le jeudi 20 décembre.

Perplexité devant les propos de Sarkozy

A écouter le discours qu'il a prononcé au Latran, on pourrait croire que notre président est un défenseur des racines chrétiennes de la France, d'une conception de la société qui donne au catholicisme toute la place qui lui revient.

Il n'y a qu'à l'écouter : « Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes », ajoutant qu'il tenait à « assumer pleinement le passé de la France et ce lien particulier qui a si longtemps uni notre nation à l'Église ». De la même manière, Nicolas Sarkozy s'est montré un pourfendeur de la laïcité du début du XXème siècle : « La laïcité n'a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de la faire. Elle n'aurait pas dû ».

Il est même allé jusqu'à souhaiter un engagement plus marqué des catholiques dans la société : « Ce que j'ai le plus à cœur de vous dire, c'est que dans ce monde obsédé par le confort matériel, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient. Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue interreligieux, dans les universités, je vous soutiendrai ».

Perplexité devant l'attitude du Vatican

Certes le Saint Siège n'a pas été dithyrambique pour qualifier les rapports entre l'Église catholique et la République française parlant seulement de « bonnes relations » dans un communiqué publié pour l'occasion, encore que le Vatican ait évoqué des «entretiens cordiaux ». Mais on pouvait surtout s'attendre de la part des autorités romaines à ce qu'elles évoquent des points de divergence et même d'opposition par rapport à la politique élyséenne. De fait, rien qu'au regard des points non négociables, chers à Benoît XVI, il y avait des sujets de discussion, voire de conflit :

  • rôle premier d'éducateur des parents, alors que la République française vient d'interdire le regroupement scolaire, et qu'un rapport sur l'école maternelle, commandé par Xavier Darcos, préconise que la scolarité soit obligatoire à partir de trois ans,

  • reconnaissance de la forme traditionnelle de la famille, alors que le gouvernement français cède progressivement aux pressions du lobby gay et qu'avec le futur jugement de divorce prononcé par un notaire il range le mariage au niveau d'une option personnelle

  • défense de la vie, alors que la politique pro-avortement ne cesse de s'étendre et que les défenseurs de l'euthanasie reçoivent le soutien du gouvernement.

Qu'en conclure ?

La teneur des entretiens privés entre le Saint Père et le président de la république n'ayant pas filtré, on en peut que s'en tenir aux communiqués et comptes rendus des medias.

Or nulle part, il est fait mention d'un débat entre les deux hommes, encore moins de divergences, de remontrances.

On peut ne pas être étonné du discours très « catholiquement correct » de Sarkozy, nous sommes maintenant habitués à voir ce personnage, opportuniste à souhait, ratisser très large à droite comme à gauche ; au temps de la campagne présidentielle il avait tenu des propos très droitistes, même et surtout s'il ne les a pas mis en application depuis.

On peut en revanche être étonné et déçu par l'attitude du saint Père, lui qui a si souvent apporté son soutien aux défenseurs de la vie, qui a régulièrement rappelé que la loi de Dieu l'emporte sur toute autre loi, qui a beaucoup parlé sur les trois points non négociables. On ne peut qu'être étonné et déçu de l'absence, au moins apparente, du rappel des points forts de la doctrine sociale de l'Église battus en brèche par la république française et la politique de son président.
Cette attitude est peut-être liée à des considérations diplomatiques plus hautes qui échappent aux simples fidèles que nous sommes, peut-être est-elle due à des enjeux davantage politiques non divulgués.

Espérons que ce ne soit pas plus prosaïquement parce que la Saint Père a pris pour argent comptant le discours de Sarkozy ou pire parce qu'il adhère lui aussi, d'une certaine manière, à la liberté religieuse et à la laïcité que promeut le chef de l'état.

Toujours est-il que les défenseurs de la vie et plus généralement les catholiques soucieux de restaurer une France chrétienne ne pourront pas s'appuyer sur les positions du Pape lors de la visite de Sarkozy pour dénoncer la politique de mort et antichrétienne que le président français conduit avec un zèle et une application manifestes.

 
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