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... Je n'ai jamais vécu pareille
violence en Algérie. Ce film est "énorme" et
dégradant. C'est une contrevérité militante,
déguisée en préoccupation de morale, une fiction
passionnément hostile et injuste pour les combattants
français. Dans la tradition antimilitariste de l'extrême
gauche. C'est toujours le combat que mènent Rotman et ses amis
pour façonner l'opinion des jeunes.
C'est une énorme violence, par
une accumulation de sévices et de brutalités. Une
démesure tellement excessive qu'elle en paraît peu
vraisemblable. ... ...C'est : tortures, massacres, napalm et corvées
de bois. L'histoire d'un jeune officier innocent qui finit par
torturer lui-même avec un acharnement dément. Il
poursuit un certain Slimane, dont on apprend pour finir qu'il est
mort.
Rotman déclare avoir abandonné
ici tout manichéisme. Pour preuve, au début du film, il
montre de pauvres villageois égorgés par le FLN. Mais
ensuite, et deux heures durant, il nous donne à voir les
atrocités des Français, des corps nus, des cris et du
sang, "la grande impunité des militaires"selon la
formule de Raphaëlle Branche. Que d'images inoubliables ! Le
basculement progressif du lieutenant dans l'horreur de la guerre
venant servir d'alibi moral à cette fiction d'atrocités.
Signaler les incohérences
factuelles du scénario ou de la mise en scène ne
présente pas tant d'intérêt qu'on s'y attarde,
tant l'essentiel n'est pas là. C'est un film politique,
mensonger et néfaste. Pour établir
chez un jeune peu averti cette guerre comme injuste et sans raison
d'être, pour montrer ainsi la faute collective des Français,
Rotman affiche que le FLN voulait dès le début
négocier, ce qui est particulièrement faux...
"La France se rendait là coupable de discrimination ! "
ajoute la professeure, auteur du dossier pédagogique
d'accompagnement du film.
Et toujours, pour souligner le
caractère criminel de cette guerre "imposée"
par la France, Rotman affiche à côté des pertes
françaises, 25.000 morts, celles de 300 à 600.000
Algériens. Différence impressionnante, un massacre,
exemple tendancieux. Le ministère algérien des
combattants retient 145.000 morts. C'est à coup sûr
beaucoup, mais justement, bien assez. Quant aux pertes civiles, on ne
les évalue pas plus précisément que le nombre
des harkis massacrés.
C'est aussi un film profondément
hostile aux combattants français. Il donne des hommes du FLN
une image de vigueur et d'efficacité. Implacable, le
combattant de l'indépendance surprend les Français. Il
ouvre sur eux, toujours à la mitrailleuse, un feu puissant et
ravageur. Il tue, il est redoutable. On ne l'aperçoit
d'ailleurs que de loin. En groupes fantastiques, sinon en
hallucinations. Et si à demi brûlé, on le voit
mourir, il est toujours digne, il fait ses prières. En
revanche, on voit le soldat français toujours surpris,
inquiet, alarmé. Il est pris à revers, il se replie, il
se met à l'abri, il s'écroule, il est gibier, son
souffle est tremblant, il appelle au secours. Les camarades tombent,
il y a des morts, des blessés. Tous, ils ne seront sauvés
que par l'emploi du napalm. Bref, c'est un soldat pitoyable, et sa
brutalité n'en est que plus méprisable.
Intimement hostile au combattant de la
guerre d'Algérie, Rotman nous montre en alternance toutes les
formes de ses violences, c'est napalm, massacres ou "corvées
de bois", puis au retour au poste, c'est beuveries en musique,
saouleries vulgaires, systématiques, et torture pour les
prisonniers. Pour notre professeure, c'est d'ailleurs le "tableau
fidèle de l'armée française de 1959" !
... Plus significative me semble la
mise en place d'un dossier d'accompagnement pédagogique de 18
pages, commentaires et justification du message de Rotman. Pour quel
objectif ? La presse nous apprend aussi que "l'ennemi intime
émeut les jeunes d'origine algérienne". C'est
justement à eux que je pense. Comment peuvent-ils avoir envie
de rejoindre d'une manière ou d'une autre une nation coupable
de tant de forfaits, aussi peu fière d'elle-même et
respectueuse de ses soldats et de ses morts ? Quelle communauté
affective, quel "vivre ensemble" demain ?
Patrick Rotman s'était fait
connaître autrefois par un livre : "Les porteurs de
valise. La résistance à la guerre d'Algérie".
L'histoire du peuple algérien, victorieux dans sa lutte, telle
qu'elle est enseignée à Alger, va-t-elle inspirer peu à
peu en France l'histoire du peuple français ?
François Meyer
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