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Nous étions là, membres
et amis de Civitas, ce dimanche 21 janvier, à l’appel du
collectif « 30 ans, ça suffit » pour
manifester notre opposition à l’avortement.
Le sentiment partagé par la
grande majorité des manifestants à l'issu du défilé
s’est résumé en un mot : « succès
! ». En effet, au nombre honorable de quelques 5000 à
10000 participants s'ajoutaient quelques soutiens nouveaux :
l'Église, par la voix de 4 évêques (enfin !), le
monde associatif catholique par la présence des AFC, le monde
politique avec des représentants du FN et du MPF.
Et pourtant.... à y regarder de
près, le problème de la vie a en France déserté
la vie publique. Nous sommes allés depuis 1975 d'échecs
en reculades, de marginalisation en essoufflement. L'avortement s'est
ancré dans la mentalité de nos concitoyens au point
d'être considéré comme un « droit »
intangible et inaliénable.
Ce combat pour la vie est-il à
la veille d’un nouveau souffle, la stratégie adoptée
est-elle judicieuse, quelle place pour les catholiques dans cette
démarche ?
Autant de questions auxquelles cet
article veut donner une amorce de réponse.
L'exemple américain
Une fois n'est pas coutume, jetons un
oeil outre-atlantique, aux États-unis, dont le basculement
dans la culture de mort en 1973 par le célèbre arrêt
« Roe versus Wade » a servi d'exemple au monde
entier. Aujourd'hui, un vague très puissante en faveur de la
vie est en train de renverser le cours des choses qu'on disait gravé
dans le marbre.
D'année en année, les
manifestations « pro-life » ont pris une
ampleur considérable, au point de rassembler plusieurs
centaines de millier de personnes, comme en janvier 2006 à
Washington. La société civile et le monde associatif
ont développé une action de terrain très
efficace, au point que toute ville moyenne possède aujourd’hui
son comité pro-vie et son centre d'aide aux femmes en
détresse.
Mais surtout, la législation
s'inverse désormais. Le premier « coup de frein »
a été le retrait des financements publiques aux agences
de planning familial proposant l'avortement. Puis est venue en 2003
une loi fédérale interdisant cette pratique sauvage de
l'avortement tardif. 2004 a vu définir un statut juridique à
l'embryon par le « Unborn victim of violence act ».
Enfin dernièrement, c'est à la Cour Suprême que
la culture de vie s'est installée par la nomination à
vie du juge Samuel Alito. Le Dakota du Sud a aboli l'avortement dans
sa juridiction et plusieurs états mettent en place des
restrictions sévères. Partout en Amérique, le
crime de l’avortement a nettement reculé ; même
si l’arrivée au Congrès d’une majorité
démocrate va rendre plus difficile le combat des défenseurs
de la vie.
Le chemin parcouru est énorme,
et il est inverse à celui que nous avons fait en France. Il
serait naïf de croire à une génération
spontanée. Les changements de cette nature, qui touchent à
la conception même de l'homme et de la vie en société,
ont nécessairement des causes identifiables. Alors, que
s'est-il passé depuis 30 ans chez l'Oncle Sam ?
Il suffit de décortiquer dans le
temps la nébuleuse pro-life et ses promoteurs pour en dégager
les moteurs principaux :
-
Plusieurs évêques se
sont résolument engagés dans ce combat et ont fait de
la conférence épiscopale américaine un des
moteurs du mouvement à travers un « plan
pastoral » adopté par elle.
-
Une approche globale du problème
et une action multiforme. Alors qu’en France les opposants à
l’avortement ont fondé leur action sur des manifestations
et des actions spectaculaires anti-IVG, les pro-life américains
se sont attachés à développer des structures
d'accueil et des relais d'opinion dans tous les rouages associatifs,
culturels et locaux. Plus qu'une lutte contre l'avortement, les
États-unis ont vu la mise en place d'un réel appareil
de « changement culturel » pour la vie.
-
Une stratégie d'union tout
azimut. La spécificité du combat pour la vie a permis
que se côtoient des hommes d'horizons divers, et en
particulier catholiques et protestants. Sans que chacun renonce à
son identité propre, les pro-vie américains ont su se
retrouver le temps d'un combat, avec les résultats que l'on
sait.
-
Une grande persévérance.
Il leur a fallu près de 30 ans pour commencer à
inverser la vapeur, et leur combat n'est pas terminé.
Les caractéristiques du combat pour la vie
Les conditions de ce combat sont très
contrastées.
D’un côté, il est très
difficile : il est mené contre une législation
constituée, très permissive pour l’avortement et très
répressive pour les défenseurs de la vie. Il n'a à
cet égard rien de comparable pour l'instant dans les domaines
connexes de l'euthanasie, du mariage et de la famille.
Par ailleurs, il a contre lui
l’ensemble des grands médias et des partis politiques
représentés au Parlement.
En revanche, ce combat dispose d’au
moins deux atouts. Il s’appuie très explicitement à
la loi naturelle : l’inclination de l’homme va naturellement
à la défense de la vie ; ce sont les promoteurs de
l'avortement qui doivent s'efforcer de faire oublier que cet acte
révulse un être humain normalement constitué.
D’autre part toutes les grandes religions, à commencer par
l’Église, condamnent l’avortement, au moins dans son
principe, car le silence est bien souvent de mise.
Quelques pistes pour nous
Essayons de tirer quelques
enseignements à la fois de cette petite visite dans le paysage
pro-vie américain et des caractéristiques particulières
du combat pour la vie.
Compte tenu de ce que nous avons dit,
il est clairement illusoire d'espérer obtenir à court
terme un résultat tangible, à savoir un amoindrissement
de la loi.
Par ailleurs, il nous semble opportun
de nous engager dans ce combat avec une étiquette catholique
sans équivoque. Nous avons déjà développé
à plusieurs reprises dans cette revue, et surtout lors du
Congrès de décembre 2006, la pertinence de cette
approche que nous avons qualifiée de « stratégie
de troisième voie ». C'est en se positionnant en
tant que catholiques dans les débats politiques et sociétaux
que nous pourrons petit à petit faire comprendre à nos
contemporains que le catholicisme est le vrai remède aux maux
de la société et tout particulièrement dans le
domaine de la défense des plus faibles. Il faut en plus noter
que l'argumentation catholique sur le sujet de la vie contient une
force d'adhésion intellectuelle extrêmement forte :
c'est parce que l'homme est créé par Dieu et sauvé
par le Christ que sa vie est sacrée et ne lui appartient pas.
La conséquence logique de ce
positionnement catholique dans le combat pro-vie est le soutien que
nous devons solliciter de la hiérarchie de l'Église, à
l'instar des États-unis. Il est bien triste de constater que,
depuis 30 ans, la plupart de nos évêques français
sont d'une discrétion surprenante sur le sujet.
Sollicitons-les à grand renfort de courrier, obligeons-les à
se positionner. Leur influence en ce domaine peut être tout à
fait considérable malgré la déchristianisation
de notre pays. Le soutien de 4 évêques à la
Marche pour la Vie est un encouragement.
Il nous faut aussi développer
une stratégie d'union. Dans ce combat, plus que dans n'importe
quel autre, nous pouvons être rejoints par beaucoup de gens et
de structures obéissant, nous l'avons dit, à un réflexe
essentiellement naturel. Il ne faut donc pas avoir peur de cheminer,
ponctuellement, avec des hommes qui ne partagent pas nos vues
catholiques. C'est d'ailleurs ce que nous avons fait en ce début
d'année en participant à la Marche pour la Vie.
Répondons d'emblée à
une objection : cela ne contredit nullement ce que nous avons dit
plus haut. C'est bien en catholiques que nous agissons,
éventuellement au sein de rassemblements qui ne le sont
peut-être pas. Si le but partagé est bien la défense
de la vie, cette action militante est utile.
Dans le même ordre d'idée,
et toujours en s'inspirant de l'exemple américain, développons
une action multiforme. Point n'est besoin de tout ré-inventer,
des organisations existent, souvent groupusculaires et pauvres, mais
elles ont le mérite d'être là : SOS Tout Petits,
Alliance pour le respect de la Vie, SOS Futures Mères, etc...
Nous nous devons d'établir des contacts et des relais avec ces
structures, afin de réellement dynamiser le tissu associatif
pro-vie.
De même, il importe que tous les
mouvements pro-vie (opposés les uns à l’avortement,
les autres à l’euthanasie ; les uns à
l’eugénisme, les autres aux manipulations génétiques)
se rejoignent dans un vaste mouvement des défenseurs de la vie
Enfin il faut garder espoir et
conserver intact l'esprit militant : c'est sans doute le plus
difficile ! Cette défense de la vie est aujourd'hui un sujet
très ingrat. Pour beaucoup d'entre nous, des années
durant nous avons été de chapelets en manifestations,
pour récolter des tomates et le qualificatif de « nazis »
au journal de 20 heures. Qu'importe ! Nous barrerons la route au sens
de l'histoire pré-écrit. Nous devons rendre les
arguments pro-vie audibles dans le débat politique et social.
Avec un peu d'intelligence, de pragmatisme, de sens du rassemblement,
et surtout avec l'aide de Dieu par nos prières, c'est
possible.
Pour une fois, soyons plus habiles que
les fils des ténèbres.
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