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Combat pour la vie : réflexions sur une stratégie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Victor Gottereau   
22-05-2007

ImageNous étions là, membres et amis de Civitas, ce dimanche 21 janvier, à l’appel du collectif « 30 ans, ça suffit » pour manifester notre opposition à l’avortement.

Le sentiment partagé par la grande majorité des manifestants à l'issu du défilé s’est résumé en un mot : « succès ! ». En effet, au nombre honorable de quelques 5000 à 10000 participants s'ajoutaient quelques soutiens nouveaux : l'Église, par la voix de 4 évêques (enfin !), le monde associatif catholique par la présence des AFC, le monde politique avec des représentants du FN et du MPF.

Et pourtant.... à y regarder de près, le problème de la vie a en France déserté la vie publique. Nous sommes allés depuis 1975 d'échecs en reculades, de marginalisation en essoufflement. L'avortement s'est ancré dans la mentalité de nos concitoyens au point d'être considéré comme un « droit » intangible et inaliénable.

Ce combat pour la vie est-il à la veille d’un nouveau souffle, la stratégie adoptée est-elle judicieuse, quelle place pour les catholiques dans cette démarche ?

Autant de questions auxquelles cet article veut donner une amorce de réponse.


L'exemple américain


Une fois n'est pas coutume, jetons un oeil outre-atlantique, aux États-unis, dont le basculement dans la culture de mort en 1973 par le célèbre arrêt « Roe versus Wade » a servi d'exemple au monde entier. Aujourd'hui, un vague très puissante en faveur de la vie est en train de renverser le cours des choses qu'on disait gravé dans le marbre.


D'année en année, les manifestations « pro-life » ont pris une ampleur considérable, au point de rassembler plusieurs centaines de millier de personnes, comme en janvier 2006 à Washington. La société civile et le monde associatif ont développé une action de terrain très efficace, au point que toute ville moyenne possède aujourd’hui son comité pro-vie et son centre d'aide aux femmes en détresse.

Mais surtout, la législation s'inverse désormais. Le premier « coup de frein » a été le retrait des financements publiques aux agences de planning familial proposant l'avortement. Puis est venue en 2003 une loi fédérale interdisant cette pratique sauvage de l'avortement tardif. 2004 a vu définir un statut juridique à l'embryon par le « Unborn victim of violence act ». Enfin dernièrement, c'est à la Cour Suprême que la culture de vie s'est installée par la nomination à vie du juge Samuel Alito. Le Dakota du Sud a aboli l'avortement dans sa juridiction et plusieurs états mettent en place des restrictions sévères. Partout en Amérique, le crime de l’avortement a nettement reculé ; même si l’arrivée au Congrès d’une majorité démocrate va rendre plus difficile le combat des défenseurs de la vie.


Le chemin parcouru est énorme, et il est inverse à celui que nous avons fait en France. Il serait naïf de croire à une génération spontanée. Les changements de cette nature, qui touchent à la conception même de l'homme et de la vie en société, ont nécessairement des causes identifiables. Alors, que s'est-il passé depuis 30 ans chez l'Oncle Sam ?

Il suffit de décortiquer dans le temps la nébuleuse pro-life et ses promoteurs pour en dégager les moteurs principaux :

  • Plusieurs évêques se sont résolument engagés dans ce combat et ont fait de la conférence épiscopale américaine un des moteurs du mouvement à travers un « plan pastoral » adopté par elle.

  • Une approche globale du problème et une action multiforme. Alors qu’en France les opposants à l’avortement ont fondé leur action sur des manifestations et des actions spectaculaires anti-IVG, les pro-life américains se sont attachés à développer des structures d'accueil et des relais d'opinion dans tous les rouages associatifs, culturels et locaux. Plus qu'une lutte contre l'avortement, les États-unis ont vu la mise en place d'un réel appareil de « changement culturel » pour la vie.

  • Une stratégie d'union tout azimut. La spécificité du combat pour la vie a permis que se côtoient des hommes d'horizons divers, et en particulier catholiques et protestants. Sans que chacun renonce à son identité propre, les pro-vie américains ont su se retrouver le temps d'un combat, avec les résultats que l'on sait.

  • Une grande persévérance. Il leur a fallu près de 30 ans pour commencer à inverser la vapeur, et leur combat n'est pas terminé.


Les caractéristiques du combat pour la vie


Les conditions de ce combat sont très contrastées.

D’un côté, il est très difficile : il est mené contre une législation constituée, très permissive pour l’avortement et très répressive pour les défenseurs de la vie. Il n'a à cet égard rien de comparable pour l'instant dans les domaines connexes de l'euthanasie, du mariage et de la famille.

Par ailleurs, il a contre lui l’ensemble des grands médias et des partis politiques représentés au Parlement.


En revanche, ce combat dispose d’au moins deux atouts. Il s’appuie très explicitement à la loi naturelle : l’inclination de l’homme va naturellement à la défense de la vie ; ce sont les promoteurs de l'avortement qui doivent s'efforcer de faire oublier que cet acte révulse un être humain normalement constitué. D’autre part toutes les grandes religions, à commencer par l’Église, condamnent l’avortement, au moins dans son principe, car le silence est bien souvent de mise.


Quelques pistes pour nous


Essayons de tirer quelques enseignements à la fois de cette petite visite dans le paysage pro-vie américain et des caractéristiques particulières du combat pour la vie.


Compte tenu de ce que nous avons dit, il est clairement illusoire d'espérer obtenir à court terme un résultat tangible, à savoir un amoindrissement de la loi.

Par ailleurs, il nous semble opportun de nous engager dans ce combat avec une étiquette catholique sans équivoque. Nous avons déjà développé à plusieurs reprises dans cette revue, et surtout lors du Congrès de décembre 2006, la pertinence de cette approche que nous avons qualifiée de « stratégie de troisième voie ». C'est en se positionnant en tant que catholiques dans les débats politiques et sociétaux que nous pourrons petit à petit faire comprendre à nos contemporains que le catholicisme est le vrai remède aux maux de la société et tout particulièrement dans le domaine de la défense des plus faibles. Il faut en plus noter que l'argumentation catholique sur le sujet de la vie contient une force d'adhésion intellectuelle extrêmement forte : c'est parce que l'homme est créé par Dieu et sauvé par le Christ que sa vie est sacrée et ne lui appartient pas.


La conséquence logique de ce positionnement catholique dans le combat pro-vie est le soutien que nous devons solliciter de la hiérarchie de l'Église, à l'instar des États-unis. Il est bien triste de constater que, depuis 30 ans, la plupart de nos évêques français sont d'une discrétion surprenante sur le sujet. Sollicitons-les à grand renfort de courrier, obligeons-les à se positionner. Leur influence en ce domaine peut être tout à fait considérable malgré la déchristianisation de notre pays. Le soutien de 4 évêques à la Marche pour la Vie est un encouragement.


Il nous faut aussi développer une stratégie d'union. Dans ce combat, plus que dans n'importe quel autre, nous pouvons être rejoints par beaucoup de gens et de structures obéissant, nous l'avons dit, à un réflexe essentiellement naturel. Il ne faut donc pas avoir peur de cheminer, ponctuellement, avec des hommes qui ne partagent pas nos vues catholiques. C'est d'ailleurs ce que nous avons fait en ce début d'année en participant à la Marche pour la Vie.

Répondons d'emblée à une objection : cela ne contredit nullement ce que nous avons dit plus haut. C'est bien en catholiques que nous agissons, éventuellement au sein de rassemblements qui ne le sont peut-être pas. Si le but partagé est bien la défense de la vie, cette action militante est utile.


Dans le même ordre d'idée, et toujours en s'inspirant de l'exemple américain, développons une action multiforme. Point n'est besoin de tout ré-inventer, des organisations existent, souvent groupusculaires et pauvres, mais elles ont le mérite d'être là : SOS Tout Petits, Alliance pour le respect de la Vie, SOS Futures Mères, etc... Nous nous devons d'établir des contacts et des relais avec ces structures, afin de réellement dynamiser le tissu associatif pro-vie.

De même, il importe que tous les mouvements pro-vie (opposés les uns à l’avortement, les autres à l’euthanasie ; les uns à l’eugénisme, les autres aux manipulations génétiques) se rejoignent dans un vaste mouvement des défenseurs de la vie


Enfin il faut garder espoir et conserver intact l'esprit militant : c'est sans doute le plus difficile ! Cette défense de la vie est aujourd'hui un sujet très ingrat. Pour beaucoup d'entre nous, des années durant nous avons été de chapelets en manifestations, pour récolter des tomates et le qualificatif de « nazis » au journal de 20 heures. Qu'importe ! Nous barrerons la route au sens de l'histoire pré-écrit. Nous devons rendre les arguments pro-vie audibles dans le débat politique et social. Avec un peu d'intelligence, de pragmatisme, de sens du rassemblement, et surtout avec l'aide de Dieu par nos prières, c'est possible.


Pour une fois, soyons plus habiles que les fils des ténèbres.

 
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