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Le président de la Roumanie condamne solennellement le communisme Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Dominique MARIVAL   
27-03-2007

Image"Je condamne catégoriquement le système communiste en Roumanie, de sa création à son effondrement en 1989", a déclaré le président de la Roumanie devant le Parlement de son pays, le 18 décembre 2006...

 

Traian Băsescu est le troisième président de la République de Roumanie. Il est élu président en décembre 2004, pour trois ans, après avoir notamment promis, pendant sa campagne, de légaliser le « mariage » homosexuel .... Officier de haut rang de la marine marchande sous le régime de Ceaucescu, accusé depuis d’avoir été un agent de la fameuse Securitate, ancien maire de Bucarest, il s’exprimait lors d’une session extraordinaire réunissant les deux chambres du Parlement. Etaient présents l’ancien dissident et ancien Président de la République Tchèque Vaclav Havel, l’ancien Président bulgare Jelio Jelev, l’ancien Président polonais et lauréat du Prix Nobel de la Paix Lech Walesa, l’ancien Président roumain Emil Constantinescu, l’ancien roi de Roumanie Michel, le Premier Ministre Calin Popescu Tacireanu, ainsi que des dissidents politiques de l’ancien régime communiste et de nombreux combattants anti-communistes.

 

Une condamnation qui fait suite à un rapport scientifique officiel

 Ce jour-là, Băsescu présentait aux parlementaires un rapport officiel, sur l’époque communiste de la Roumanie, sur ses crimes et ses méfaits, rapport qu’il avait commandé à une commission installée au printemps 2006 pour "condamner les 50 ans de communisme". Cette Commission pour l’analyse de la dictature communiste réunit une vingtaine d’experts indépendants, historiens, philosophes et écrivains. Son travail devait "éclairer les Roumains sur ce passé sombre de leur histoire, et non pas porter des accusations", selon Vladimir Tismaneanu, le président de la commission. 

Le Président de la Roumanie rendit compte en ces termes des conclusions de ce rapport de 660 pages, destiné à devenir un "document officiel de l'Etat roumain" : « Des enquêtes approfondies et des déclarations de témoins ont souligné la nature antipatriotique du régime communiste. En tant que chef de l'Etat roumain, je condamne clairement et fermement le système communiste roumain, dès ses débuts en tant que dictature en 1944-1947 et jusqu'à sa chute en 1989. En tenant compte des faits présentés dans le rapport, je déclare en en prenant toute la responsabilité : le régime communiste en Roumanie a été illégitime et criminel. » Ces  mots de condamnation avaient été réclamés ces derniers temps par plusieurs associations anti-communistes et organisations non-gouvernementales.

 Et de poursuivre en ces termes : « Pour les citoyens roumains, le communisme a été un régime imposé par un groupe politique qui s’est auto proclamé gardien de la vérité, un régime totalitaire issu de la violence et qui a fini dans la violence. C’était un régime oppressif qui a exproprié la population roumaine pendant cinq siècles d’histoire moderne. Il a violé les lois et forcé les citoyens à vivre dans le mensonge et la peur (…). Des opposants ont été écrasés (...). Le régime a condamné toute la nation à la misère, à la famine et au désespoir (…) Il ne peut y avoir de prospérité dans une société où la population n’a pas de liberté ».  

Une condamnation fondée sur une longue liste de crimes

 

Et d’égrener les crimes du communisme roumain : l’éradication de la souveraineté nationale et du bien commun de la Roumanie au profit de l’U.R.S.S., le régime fantôche de Petru Groza en mars 1945 qui fit prendre des décennies de retard au pays, la destruction de l’Etat de droit et des libertés, l’abdication forcée du roi Michel, la soviétisation totale et brutale de 1948 à 1956, la mise en place d’un système politique despotique, oligarchique et tyrannique, sous le nom de "dictature du prolétariat", la politique d’annihilation des catégories sociales au nom de la lutte des classes, l’élimination des élites par l’assassinat, la déportation, la prison, le travail forcé ou la marginalisation, la logique de la culpabilité collective et la persécution des familles des opposants supposés ou réels, en pensée ou en actes, la stigmatisation des enfants de familles "à origine malsaine" en matière d’accès à l’enseignement supérieur.

 

La liste est sans fin : extermination des résistants anticommunistes des années de guerre, persécution et extermination des opposants au communisme de 1945 à 1989 compris, oppression contre l’Église orthodoxe et autres formes de culte, suppression de l’Église gréco-catholique, persécutions contre les Juifs et les Allemands ; persécutions et déportations des paysans opposés au collectivisme ; famines volontaires ; politique démographique folle ; mauvais état sanitaire, misère et désorganisation sociale ; arrestation et humiliation des intellectuels, répression des mouvements étudiants et ouvriers,  les arrestations, procès, déportations et condamnations à mort qui s’en sont suivies ; répression contre la culture, destruction radicale du patrimoine historique et culturel, rejet de l’art et de la culture occidentale, éradication des valeurs nationales, censure. Bref, un inventaire de régime totalitaire … "Prétendant accomplir les voeux du marxisme, le régime a traité une population entière comme une masse de cobayes soumis à cette absurde expérimentation d’ingénierie sociale", a conclu sur ce point le président Basescu.« Le parti a été le cerveau du système répressif, et la Securitate (police politique) l’instrument qui a mis en pratique les décisions politiques », a-t-il dit.Basescu a précisé que la commission qui a préparé le rapport avait recensé en cinq décennies de communisme quelque deux millions de Roumains tués, déportés, emprisonnés, suppliciés ou envoyés dans des camps de travaux forcés. "Je demande pardon à toutes les personnes qui ont eu leur vie ruinée par la dictature communiste", a dit le président.  

Une volonté de réparer par des actes concrets

 

Le Président a demandé aux parlementaires de soutenir sa condamnation et d’accorder leur compassion aux victimes du régime communiste.

 

Il a préconisé plusieurs mesures précises : une Journée commémorative, un monument aux victimes du communisme, un musée de la dictature communiste roumaine à Bucarest, une exposition permanente similaire dans le Palais du Parlement, un centre de documentation pour « comprendre le phénomène communiste, l’univers concentrationnaire, la propagande comme moyen de contrainte des esprits », un manuel scolaire, la remise de douze prix chaque année à de jeunes chercheurs travaillant sur la dictature communiste, notamment pour alimenter les cours dans les écoles, l’annulation de toutes les condamnations pour motifs politiques.

 

Une absence d’unanimité politique

 

Certains parlementaires, ceux du Parti social démocrate (gauche postcommuniste) mais aussi ceux du Parti conservateur et ceux du Parti de la Grande Roumanie de Corneliu Vadim Tudor, se sont élevés avec force contre ses propos qui mettent en cause une bonne partie de l’actuelle classe politique … L’ancien Président ex-communiste Ion Iliescu a dénoncé lui aussi les conclusions de ce rapport. En outre, le président appartient au parti démocrate et le premier ministre au parti libéral.

 

Après le Président, le Premier Ministre a renchéri : « Il est absolument crucial de se garder du communisme et de le dénoncer. » Et de citer les efforts du gouvernement qui a déclassé les archives secrètes de la police et mis en place, à l’initiative de l’historien Marius Oprea et malgré de fortes pressions des officines de l’ancien régime toujours actives, un Institut pour l'investigation sur les crimes commis pendant la période communiste.

 Le lendemain de sa déclaration, le Président Basescu déclara à la BBC sentir sa conscience en paix à présent. Et de regretter que d’anciens apparatchiks continuent d’occuper des postes-clés dans la politique, les médias et les affaires. « Je lutterai sans pitié contre eux. Tout comme ils sont impitoyables envers moi", a relevé le président. 

Qu’en est-il hors de Roumanie ?

 

 

Une démarche similaire est en cours en Bulgarie : des députés ont introduit au Parlement bulgare une proposition de loi établissant un Institut pour la mémoire nationale des crimes contre le peuple bulgare.

Le 24 février 2005, le Conseil européen "Justice" (Union européenne) a rejeté une proposition faite par deux eurodéputés, l'ancien président de la Lituanie, Vytautas Landsbergis et le Hongrois Joszef Szajer, qui demandaient l'interdiction de l'utilisation des symboles communistes. L’instance européenne a rejeté la proposition, disant que cela lui paraissait difficile d'interdire d'emblée tous symboles (y compris les nazis) et laissant cette responsabilité aux Etats. 

Le 25 janvier 2006, l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (Conseil de l’Europe ) a voté la résolution 1481 sur la « nécessité d’une condamnation internationale des crimes des régimes communistes totalitaires », à l’initiative du suédois Goran Lindblad, membre du P.P.E. En revanche, la recommandation accompagnant cette résolution n’a pas été votée ; elle prévoyait des solutions concrètes comme enseigner les crimes des dictatures communistes dans les écoles, élever des monuments à la mémoire des victimes de ces régimes, adopter une Journée de commémoration des crimes communistes … Signalons à ce sujet le communiqué du P.C.F., en date du 18 janvier : "le stalinisme est une perversion terrible d'un idéal communiste qui ne peut pas séparer l'égalité et la liberté, la justice sociale et les droits imprescriptibles de la personne. Le PCF n'a donc pas attendu la chute de l'URSS pour condamner les violations des libertés qui ont si longtemps bafoué et, parfois, continuent de bafouer les principes humanistes et démocratiques qui sont le cœur du projet communiste. C'est au nom même du communisme et de sa passion de la liberté, qu'il a marqué son refus des atrocités perpétrées dans tant de pays et pendant une si longue période. Rien, aux yeux des communistes français, ne peut effacer ces tâches indélébiles et le préjudice irrémédiable qui a touché des millions de victimes et leurs familles. Mais rien, à leurs yeux, ne peut justifier une assimilation révisionniste au nazisme. Ce n'est pas l'idée communiste, mais sa dénaturation qui a produit les crimes. En identifiant le communisme et le nazisme, le projet vise à nier la place tenue par les communistes, à partir de leurs valeurs, dans le combat acharné contre le fascisme. De fait, il participe de la négation de l'exceptionnalité du phénomène nazi. Il contribue ainsi à la banalisation du génocide des juifs". Celui du groupe de la Gauche unitaire européenne au Parlement européen doit être cité aussi : il dénonce un rapport qui "instrumentalise (des) atrocités pour attaquer, marginaliser et criminaliser un courant politique dont les idéaux sont contraires aux crimes qui ont été commis". Selon lui, les crimes "de régimes qui se prétendaient communistes […] doivent être condamnés comme doivent être condamnés les crimes commis ailleurs au nom de la démocratie ou du christianisme". Sans commentaire …

 

Le Parlement européen avait, pour sa part, refusé de voter la condamnation du communisme, le groupe socialiste s’y opposant.

 

Plus récemment, l’affaire Wielgus en Pologne a montré cette perversité du communisme, sa capacité à détruire les hommes et à les manipuler, à leur faire perdre leur dignité.

 

Reste à organiser le Nuremberg du communisme. Rude tâche quand on voit actuellement les difficultés à faire aboutir le procès du régime des Khmers rouges à Phnom Penh.

 

Rappelons les termes de Pie XI dans l'encyclique Divini Redemptoris, du 19 mars 1937 : "Le communisme est intrinsèquement pervers, et l'on ne peut admettre sur aucun terrain la collaboration avec lui de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne."

 
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