A l'occasion du vingtième anniversaire de l'association SOS Tout Petits, Civitas a interviewé le Docteur Luc PERREL, vice - président de l'association. Vous êtes vice président de l'Association SOS Tout Petits, pouvez-vous nous rappeler l’objet et l’histoire de votre association ?
L’objet de SOS Tout Petits est simple, on peut le résumer par la formule du docteur Dor : « Soulever le couvercle de plomb qui pèse sur le sort des enfants avortés ». Notre but est de combattre le silence sur l’avortement.
L’histoire de l’association est plus tumultueuse. Elle fut fondée en 1986 par le docteur Xavier Dor, pédiatre, embryologiste. Nous avons commencé en allant réciter le chapelet par petits groupes d’une dizaine de personnes (parfois plus, parfois moins) dans les centres d’avortement, pour prier sur les lieux du crime, qui restait un crime fusse-t-il légal. Donc 11 ans après le vote de la loi Veil. Nous agissions par surprise en entrant dans les salles d’attente, les couloirs des cliniques et des hôpitaux, jamais dans les salles d’opération elles-mêmes. Nous avons ainsi fait des dizaines d’intervention à Paris et en province qui firent grand bruit. La réponse des pouvoirs publics fut le vote d’une loi spéciale à notre égard, la loi Neiertz en 1993, pour nous punir d’amendes et de prison. En même temps on nous a diffamé, diabolisé, nous présentant comme des cinglés intolérants : « les croisés de l’avortement »… Et ce furent les procès qui culminèrent en 1997 avec l’incarcération du docteur Dor, 11 jours, à la prison de Bois d’Arcy. Nous avons poursuivi nos rosaires, mais dans la rue en les déclarant comme des manifestations publiques, qui furent systématiquement interdites jusqu’au moment où la pugnacité de nos avocats pu arracher au Tribunal Administratif de Paris un jugement d’illégalité de ces interdictions, le droit de manifester étant un droit constitutionnel. Nous sommes maintenant tolérés, et en principe protégés par la police des exactions violentes des partisans du « droit à l’avortement » (qu’a effectivement réalisée la loi Aubry en 2001). Mais cette façon légale de procéder déplaît toujours aux évêques français qui nous traitent de « violents »… Quels sont les principaux modes d’action de SOS Tout Petits ? quels sont les résultats obtenus ?
Notre moyen nous venons de le voir c’est le chapelet. Le bilan est difficile à établir car nous nous adressons aux consciences et au Bon Dieu, parce que c’est Lui en définitive qui est la grande victime des péchés des hommes, dont l’avortement est un des plus grave. C’est pourquoi nos rosaires sont publics : il faut réparer l’offense à Dieu, et qu’ils sont des prières de réparation et d’intercession. Par ailleurs nous sommes une association très atypique puisqu’elle n’est composée que de trois membres : le docteur Dor, le général Dyèvre et moi, que nous ne réclamons pas de cotisations, et n’avons pas d’Assemblée Générale statutaire. Par contre nous avons des milliers d’amis et recevons des dons qui sont utilisés pour notre propagande et l’aide de quelques associations amies qui oeuvrent en faveur des victimes de l’avortement. Depuis 3 ans nous éditons un bulletin trimestriel : « SOS Tout Petits Actualités », pour tenir nos amis au courant de nos activités et de l’actualité pro-vie en France, en Europe et dans le monde. Ce bulletin est édité à 3.000 exemplaires et nous avons un millier d’abonnés réguliers (10 € par an). Nous avons un site internet, remarquablement organisé et tenu à jour par un de nos amis, qui est très fréquenté en ce moment. Enfin nous distribuons des tracts, éditons des auto-collants, des affiches, pour rappeler inlassablement la réalité de l’avortement. Mais vous l’avez bien compris, l’important pour nous c’est la prière. Les distributions de tracts ont lieu lors des rosaires dans la rue, ou plus spécifiquement surtout en région parisienne à la sortie des collèges et des lycées. Ils sont toujours l’occasion de discussions, parfois houleuses, de réflexions, d’argumentations souvent passionnées. On ne sait jamais le résultat de ce genre d’actions – parfois les consciences se réveillent des années après – l’important est d’abord de dire la vérité. Rien de pire que le mensonge, si ce n’est le silence ! De quelle manière allez-vous célébrer ce 20ème anniversaire ? Nous organisons un rosaire national – et même international – le samedi 18 novembre 2006 à 14h30 dans la France entière. Nos amis se réuniront dans la rue dans plus de 30 villes de France, pour une prière fervente tous à l’unisson vers le Ciel, qui va, j’en suis certain, mobiliser beaucoup de monde. Je reçois en ce moment beaucoup d’appels téléphoniques de personnes totalement inconnues, qui me disent : « nous allons venir à tel endroit… » Nous sommes en contact avec la Belgique, la Suisse, la Pologne, le Mexique de façon presque incroyable. Une telle chaîne de prières ne peut pas être inutile et nous nous réjouissons de cette mobilisation même si les partisans de la culture de mort se mobilisent eux aussi en certains endroits pour tenter de nous réduire au silence : l’avenir est de notre côté. Comme disait Charrette : « Sommes la jeunesse du monde , messieurs… » Depuis 20 ans, SOS Tout Petits n’est-elle pas au point mort ? L’avortement reste plus que jamais ancré dans la mentalité des français. Ne pensez-vous pas qu’il faudrait recourir à d’autres moyens que le chapelet ?
Vous savez, j’ai pour ma part rejoint le docteur Dor à peu près deux ans après la fondation de SOS Tout Petits, précisément parce qu’il posait la question de l’avortement sur un tout autre plan que les autres. Son discours était, et reste toujours très original : réparons l’offense à Dieu. C’est un domaine où l’efficacité ne nous appartient pas. Nous nous battons contre le mal absolu, et nous avons le devoir de le faire, mais il n’y a pas d’obligation de résultat parce que c’est le mystère du péché – non pas voulu par Dieu, non pas imposé par Dieu qui nous y « soumettrait » - et de la liberté humaine voulue par le Créateur par ce qu’il n’a que faire des ilotes… J’ai milité dès avant 75 dans beaucoup d’associations pro-vie où nous expliquions que l’avortement était un crime, que la vie humaine commençait dès la fécondation, que …etc.. etc… à des gens qui n’en avaient cure et savaient ce qu’ils faisaient. Et en restant ainsi sur le seul plan naturel, nous avons perdu toutes les batailles : loi Veil, loi Pelletier, loi Roudy, loi Nieiertz, loi Aubry, loi bioéthique, la pilule du lendemain à l’école, le RU 486 dans les alcôves… Le palmarès est affligeant. Xavier Dor dit que le combat est eschatologique – celui de la fin des temps – et que c’est par le rosaire que nous vaincrons parce que c’est la seule chose que craigne Satan, pas par le raisonnement à la petite semaine car on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif ! Encore faut-il vaincre son respect humain et ne pas craindre d’égrener son chapelet dans la rue. Je crois aussi que l’alliance du chapelet et d’internet va nous donner des ailes ! Quel message voulez-vous faire passer à nos lecteurs ? Il faut bien comprendre que nous réclamons l’abolition des lois qui instaurent l’avortement, dans nos mœurs, dans notre quotidien. Même si ce n’est pas le nôtre, c’est celui de notre voisin, de notre prochain, et la première des charités – charité politique celle-là – et d’en protéger les autres. Certains catholiques nous accusent parfois de nous tromper de cible, en négligeant les victimes de l’avortement, de ne pas venir au secours des « blessés de la vie ». Mais précisément, c’est bien la loi qui blesse les gens, c’est d’elle qu’il faut les débarrasser ! Cela ne disqualifie nullement toutes les actions caritatives en faveur des mères « en difficulté » – comme on dit – bien sûr qu’il faut leur venir en aide, les consoler, mais ne pas oublier qu’elles seraient beaucoup moins nombreuses, si, tapies dans l’ombre des cabinets ministériels, les lois des loges maçonniques ne massacraient les peuples. Vous abordez l’aspect politique de l’avortement. Depuis quelques mois, aux Etat-Unis notamment, on assiste à une remise en cause de la législation abortive au Dakota, au Missouri, etc. Pensez-vous que cette « nouvelle vague » atteigne l’Europe ?
Nous l’espérons beaucoup, il y a aussi l’exemple du Nicaragua qui vient d’abolir toute forme d’avortement – même en cas de malformations fœtales – sous l’impulsion de l’ex-sandiniste (marxiste) Daniel Ortega qui se serait converti au catholicisme (tout en restant gauchiste…). Certes les pro-vie ont le vent en poupe sur le continent américain, mais les majorités politiques sont très fragiles. Ces fameux états que vous venez de citer viennent de désavouer par referendum leurs législateurs qui avaient aboli ou réduit l’avortement. En Pologne également on peut craindre pour la coalition chrétienne mise à mal par les récentes élections municipales. Et aux USA on ne sait toujours pas si la Cour Suprême basculera dans le bon sens. Le combat pour la vie est certes un combat politique, c’est un enjeu électoral (en Amérique, pas en France), mais la loi civile doit se conformer à la loi naturelle. Ce que refusent les loges maçonniques très puissantes qui ont réussi à séparer le quotidien de la loi morale, en disqualifiant celle-ci. Pourtant « l’ordre moral », qui fait trépigner de fureur les trotskystes de tout poil, est une nécessité absolue. Son contraire est le désordre : tous ces crimes crapuleux, ces infanticides barbares, ces tortures effroyables infligées à des innocents, qui s’étalent quotidiennement dans les journaux depuis des années sont les conséquences de cette confusion mentale. Outreau – pour ne prendre que cet exemple – prend sa source dans la loi Veil. Et je ne parle pas de la démographie. Il est certain qu’on ne fera pas l’économie du redressement politique par le spirituel. Il faut reconstruire nos sociétés blessées au cœur qui ne se sauveront pas si elles ne savent pas accueillir CELUI qui est la Voie, la Vérité, la Vie. Comment s’investir dans votre association ?
En venant grossir nos rangs samedi prochain, et dans les prochains rosaires dans la rue qui vont s’étendre dans les mois qui viennent. Nous sommes une poignée, nous devrions être des milliers comme aux Etats-Unis. Mais il est vrai que là bas beaucoup d’évêques appuient ces manifestations, ce qui n’est pas le cas en France : nous prions pour eux aussi. En envoyant des dons : SOS Tout Petits 11 rue Tronchet 75008 PARIS En s’abonnant au bulletin « SOS Tout Petits Actualités » : 10 € à La Promenade 53230 COSSE LE VIVIEN En consultant notre site internet : www.sos-tout-petits.org Propos recueillis par Jean-Marie Lagarde |