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Référendum européen : tout se paie … Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Dominique MARIVAL   
04-06-2005
La France et l’Europe viennent de vivre une période palpitante grâce au traité constitutionnel européen. Ces deux réalités naturelles, historiques et politiques, se sont confrontées à un projet artificiel, ponctuel et idéologique. Le réel l’a emporté cette fois et il a présenté la facture des errances passées ...

Un magistral retour de bâton



Précisons-le d’emblée : adhérant à la pensée d’Aristote et de l'Aquinate, nous rejetons le culte de la déesse Démocratie et de son produit dérivé, le Suffrage Universel (« mensonge universel »). Sur le fond, nous en acceptons le principe sous condition … et sous bénéfice d’inventaire. Et nous en faisons un usage ponctuel, conscient que les Princes qui nous gouvernent n’entendent que la loi de la majorité – c’est ce qu’ils disent du moins -. Raison de plus pour leur parler le langage qu’ils affectionnent, et les battre à leur propre jeu autant que de besoin.
La taille de l’enjeu du traité constitutionnel européen – projet politique intéressant le bien commun s’il en est - nous a paru largement suffisante pour que nous votâmes ; nous le fîmes sans arrière-pensée politicienne et en ne considérant que le strict sujet en cause : la construction européenne telle qu’elle va aujourd’hui et telle que nous souhaitons la voir aller demain. Cette considération nous a suffit pour trouver mille et une raisons de déposer un bulletin frappé d’un « non » dans le réceptacle de la volonté populaire.

Certains de nos compatriotes se déterminèrent aussi (dans des directions opposées d’ailleurs) en considération d’éléments extérieurs au problème posé. Mais, comment leur en vouloir quand les champions des deux camps ne se privèrent pas de les y inviter ? Mention spéciale pour ceux du « oui », répétant à l’envi que la question posée était d’ordre extérieur (position d'ailleurs discutable), mais l’esprit farci de préoccupations politiciennes bien franco-françaises … Et comment refuser à des Européens, qualité objective que nous assumons sans complexe, de ne pas oublier qu’ils sont aussi des Français et que cette double identité, loin d’être incompatible, est même complémentaire et doit être harmonieuse ?

Au-delà de son contenu, largement contestable pour nous parce qu’essentiellement libéral, et de son contexte, anti-chrétien si l’on se souvient de l’épisode des racines chrétiennes, la pédagogie de ses « vendeurs » durant la campagne électorale s’est révélée fort instructive sur le fond et pesa, s’il en était besoin, dans la balance de notre décision. Tous les ressorts de la psychologie et de la démagogie furent convoqués, des plus subliminaux (sans constitution, voici l’Europe à genoux devant les Yankees ; le train de l’Histoire ne sifflera pas deux fois, et dans ses poubelles, les « nonistes » moisiront, catégorie non recyclable) aux plus grossiers (depuis la stratosphère, l’Europe c’est tout petit, selon notre cosmonaute-ministre ; un rat des champs adversaire du « oui » fait une « connerie », à en croire son compère de la ville, président de la République de son état). Las, tous ces Machiavels d’opérette furent démasqués, hués, renvoyés à leurs boniments : chef de l’Etat déclinant, premier ministre épuisant, gouvernement éreinté, parlementaires grégaires, médias déconnectés, patrons mondialisés, clercs égarés en politique, intellectuels sûrs d’eux et dominateurs, artistes de cour républicaine, faiseurs d’opinion enivrés d’eux-mêmes, tous viennent de connaître leur Bérézina.

Et pourtant, le vaudeville avait fonctionné – de peu, il est vrai, mais Mitterand était d’un autre calibre – la fois précédente, en 1992, lors du référendum sur le traité de Maastricht.


Le paiement des arrièrés



A malin, malin et demi en effet : avec le minuscule « oui » de 1992, le système avait connu une victoire à la Pyrrhus, une victoire trompeuse et qui vient de donner sa vraie mesure : c’était déjà une défaite, et qui en appellerait d’autres, plus franches, de magistrales râclées celles-là. A l’époque déjà, une machine-à-faire-bien-voter-le-bon-peuple avait été pas trop mal huilée. Cette fois, la machine est devenue infernale et elle a échappé à son Frankestein.

En réalité, cela fait des années que cette cause européenne est portée à bout de bras et de façon tout-à-fait artificielle par une coterie de courtisans bavards et influents. Elle accumulait les années, cahin-caha, se traînant comme une petite vieille souffreteuse ; elle surmontait toutes les crises, s’en nourrissait même aux dires de certains ; « Il faut plus d’Europe ! », c’était leur panacée, et un énième comité Théodule se voyait chargé d’élaborer la posologie du cataplasme qui colmaterait la dernière faille de l’usine à gaz : cautère sur jambe de bois … Chaque grande étape : C.E.D., P.A.C., élargissements divers, élection du Parlement au suffrage universel, Acte unique, traité de Maastricht puis d’Amsterdam, monnaie unique, traité de Nice, traité constitutionnel, voyait revenir les mêmes discours, chargés de promesses sur des lendemains qui psalmodieraient, des grands soirs sans gueules de bois dans le petit matin froid, et tout à l’avenant. Et ça passait, souvent d’un poil, mais ça passait : alors, rejouons ! A cette roulette russe, la construction européenne contemporaine a usé jusqu’à la corde le refrain fondateur et attrape-tout du « plus jamais de guerre en Europe grâce à l’union européenne ! » : las, 55 ans et deux générations plus tard, la ritournelle ne fait plus recette à elle seule ! Bureaucratie, juridisme, tout-économisme, irréalisme, idéologisme, lyrisme, mysticisme, tout cela a fini par jouer contre la « généreuse » idée originelle.

Plus qu’on ne l’a dit à l’époque, l’élargissement à dix pays d’Europe centrale et orientale le 1er mai 2004 a plombé le grand projet : cette intégration s’est faite à marches forcées – toujours cette méthode du fond de train rebaptisé « volontarisme » pour les besoins de la cause - pour les deux parties, d’une façon symptomatique de cette construction européenne ; « gommons les différences, ignorons les problèmes, tout cela s’arrangera plus tard tant sont importants les avantages pour tout le monde ». Ivresse en mai 2004, migraine en mai 2005. Et voilà comment le plombier polonais, à son corps défendant certes, a fait exploser la chaudière européenne ! L’on pourrait dire analogiquement la même chose du Turc : ce dernier est déjà dans cette Europe-là pour celles de nos élites qui rêvassent d’un grand melting pot européo-asiatique, totalement fumeux, parangon d’incohérence, monstre d’artificialité, bidule idéalistique, avorton des amours contre-nature de la carpe et du lapin. Dès lors, il fut facile aux adversaires de cette lubie grosse de menaces de dénoncer l’entrée de la Sublime Porte par la fenêtre. S’il ne s’agissait que de gaffes ! Nous ne ferons pas cette injure à tous ces idéalistes pourtant conscients : l’élargissement de l’Europe des 6 d’hier à l’Europe des 25 d’aujourd’hui et à celle des 30 et plus de demain se fait à l’aide de bataillons d’idiots utiles certes, mais instrumentalisés par des mondialistes assumés qui croient en l’uniformisation tout azimuth des continents comme préalable à une administration universelle par-delà l’histoire et la géographie. Et l’on est sommé d’accepter cette nouvelle Babel sous peine d’être voué aux gémonies par ces progressistes auto-proclamés et d’avoir à passer sous leurs fourches caudines.

Mais voici que soudain, le peuple français fait montre de quelque réticence : quelque chose lui dit, confusément peut-être et comme par instinct, que tout le monde n’est pas européen, que cela s’hérite. Qu'une union européenne est peut-être une belle et bonne chose, mais qu'il lui faut être européenne précisément ... Le référendum français de mai 2005 a été le rendez-vous de ces bâtisseurs trop pressés et utopistes avec l’Histoire. Les meilleures ficelles, si grosses soient-elles, finissent par s’user …

Mais, il ne suffit pas de ménager sa monture pour aller loin : encore faut-il choisir le bon cheval. Or, dès les débuts, avec les traités de Paris de 1951 et de Rome de 1957, c’est l’économie qui est privilégié comme un moyen d’intégration communautaire, au détriment de la politique par exemple, voire de la culture que Monnet aurait choisie cette fois si c’eût été à refaire. Fort bien, mais n’y a-t-il pas eu là un choix malheureux, une erreur de perspective qui, un jour (de 2005 au hasard), se rappellerait au bon souvenir de ses auteurs (ou de leurs épigones) ? L’intégration économique et commerciale, « l’Europe des marchands », n’a jamais profité directement qu’à une minorité. Quant aux fonds structurels et à la politique régionale, aux gros sous disons, ils sont vite oubliés par leurs bénéficiaires d’hier, une fois passé le temps d’alignement sur les partenaires ou quand la source se tarit. Oui, une certaine construction européenne politique aurait pris plus de temps, mais du même coup, elle aurait été mieux ancrée. On ne refait pas l’histoire, mais celle-ci peut défaire ce que vous avez (mal) fait.


Que faire ?



Et maintenant, que faire ? Vaste sujet, que nous ne ferons qu’effleurer dans cette analyse axée sur les enseignements du récent exercice de démocratie directe en France.
La première chose est de tirer les leçons de la situation, ce à quoi nous venons de nous essayer. Telle est en effet la première étape : reposer la question de la construction européenne à plat, avoir le courage de reconnaître les errements passés, oser se débarrasser des vieilles lunes et des rêveries, remplir un devoir de vérité, penser et agir avec réalisme. Il n’est pas sûr d’ailleurs que toutes les leçons aient été tirées à ce titre, mais laissons encore un peu de temps aux principaux acteurs, et continuons de savourer cette « divine surprise », preuve que le pire n’est jamais sûr, que la résignation en politique est pure folie. Il s’est sans doute trouvé des puristes opposés à cette folle idée de constitutition européenne qui sont restés chez eux pour ne pas se commettre avec la démocratie : enfermés par leur volonté dans leur tour d’ivoire, ils sont sans prise aucune sur leur destin et ils ont en commun avec les plus exaltés « européistes » une certaine délectation pour l’idéalisme. Oui, le résultat de ce vote est perdu si les citoyens français et européens en restent là, si les Européens et les Français réalistes se retirent à présent sous leur tente. Mais, pour nous, ce vote et son résultat ne sont pas une fin en soi, loin s’en faut : ils ont été un moyen d’action politique parmi d’autres, ils seront un tremplin pour d’autres actions multiformes, selon les talents, l’imagination et le contexte. Ils sont une invite à un engagement politique plus soutenu, y compris en direction de notre patrie continentale.

C’est là la seconde étape : faire partager cette réflexion. Et c’est là que le contexte nous est particulièrement favorable : cette fois, nous sommes du côté des vainqueurs ! Les ringards, les réacs, les arrièrés d’hier …, sont devenus, par la grâce du suffrage universel, les progressistes de demain, ceux qui ont (eu) raison. Perspective suspecte pour les perdants institutionnels certes, mais nous disons : au diable, les grincheux ! La spirale de l’échec n’est pas notre viatique. Ne boudons pas notre plaisir, et profitons de la conjoncture, de notre légitimité démocratique comme ils disent, pour faire passer notre message auprès de ceux qui ont pu voter comme nous mais pour des raisons différentes. Profitons-en pour expliciter à nos opposants dans l’urne, croyants du dogme du nombre, les raisons de notre vote, sans complexe cette fois : une fois convaincus sur la question européenne, ils pourront être alors
accompagnés dans la relativisation de leurs croyances démocratiques dogmatiques. Investissons l’immense champ de l’expression publique politique par la plume et par le verbe, livrons la bataille des idées : une fenêtre de tir vient de s’ouvrir, donnons du canon !

La tâche est vaste, sans conteste. Et il faudra bien proposer autre chose, combler ce vide dont la nature politique aussi a horreur, répondre à la question fatale : que mettez-vous à la place ? Et là, un boulevard s’ouvre pour l’imagination. Alors, au travail !
 
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