Faites un donChacune de nos activités, chacun de nos engagements a un coût financier qui limite nécessairement nos capacités. Pour nous aider à étendre notre influence, pour multiplier nos actions, nous avons besoin de votre soutien financier (déductible de vos impôts).
Vous ne pouvez nous donner un peu de votre temps ? Donnez-nous un peu de votre argent !
Envoyez un don en cliquant sur le bouton ci-dessous (paiement sécurisé par carte bancaire ou avec un compte Paypal) :
Lettre aux amis de Civitas
Inscrivez-vous à notre lettre d'information électronique
Archives -
mai, 2010
-
avril, 2010
-
mars, 2010
-
février, 2010
-
janvier, 2010
-
décembre, 2009
-
novembre, 2009
-
octobre, 2009
-
septembre, 2009
-
août, 2009
-
juillet, 2009
-
juin, 2009
-
mai, 2009
-
avril, 2009
-
mars, 2009
|
|
Turquie dans l'Union : islam européanisé ou Europe islamisée ? |
|
|
|
|
Écrit par Victor Gottereau
|
|
10-10-2004 |
Le débat s'amplifie dans les classes politiques européennes : pour ou contre l'adhésion de la Turquie à l'Union ? En France, de la droite molle à la gauche, il divise les partis. Nos éminences grises bruxelloises se cachent derrière la procédure, tandis que les opposants crient au hold-up. Les opinions publiques qui se réveillent - une fois n'est pas coutume - sentent qu'il y a « problème »...
C’est fait. La Commission européenne a rendu le 6 octobre dernier son rapport sur la candidature de la Turquie à l’Union. Positif, bien sûr. En substance, il s’agissait de vérifier si la Turquie remplit (ou pas) une liste de critères obligatoires pour les nouveaux candidats, connus sous le nom de « critères de Copenhague », définis en 1993. Ce rapport devrait logiquement déboucher sur la décision du Conseil d’entamer les discussions avec Ankara, le 17 décembre. Comme si une décision aux conséquences si importantes pouvait être amorcée avec une check-list…
Un « pied dans la porte » bien orchestré
Car nos eurocrates le savent bien, les opinions publiques européennes sont méfiantes, voire franchement hostiles à cette candidature. Valéry Giscard d’Estaing avait lancé un pavé dans la mare il y a deux ans en déclarant que l’adhésion de la Turquie signifierait « la fin de l’Union européenne ». Mais c’est dans le sens de l’Histoire, la Turquie sera dans l’Union. Il fallait donc trouver une stratégie pour éviter de consulter de trop près ces récalcitrants électeurs.
L’idée est donc simple : engager suffisamment le processus d’adhésion pour que celui-ci devienne irréversible. C’est d’ailleurs cette même pantalonnade qu’a utilisé le président Jacques Chirac : il a « demandé au gouvernement d’examiner les conditions d’insertion dans la révision constitutionnelle, qui est nécessaire pour adopter le traité constitutionnel européen, d’une disposition permettant de garantir que […] les Français seront interrogés […] pour cet élargissement et d’éventuels autres élargissements par le biais du référendum ». Sous l’habituelle obscurité (volontaire ?) du jargon élyséen se cache une idée simple : on vous consultera, mais plus tard, beaucoup plus tard, aux calendes turques ! Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il sera trop tard : le processus d’adhésion sera engagé depuis longtemps, et surtout, la perte de la souveraineté française par la ratification de la Constitution européenne musellera toute velléité de résistance nationale.
C’est François Bayrou, opposant à l’adhésion, qui a le mieux senti la manœuvre : « Pour servir à quelque chose, le vote des Français doit avoir lieu avant la décision d’entamer ou non les discussions avec Ankara, le 17 décembre. […] En réalité, la décision d’ouverture des négociations équivaut à une décision d’adhésion ». Certains ayant même bien compris le sens du vent, anticipent : comme dans cette publication de « L’Atlas des pays d’Europe » (éditions Atlas) où la Turquie figure en bonne place !
Ainsi, la candidature turque n’est pas comme les autres, tout le monde le sent bien : le bon sens s’en inquiète, les technocrates le cachent. Mais pourquoi donc ? Un rapide survol du passé est toujours éclairant.
Un peu d’histoire
La Turquie est aujourd’hui un vaste pays qui s’étend de l’Iran à la Grèce, et de la Méditerranée à la mer Noire, presque aussi peuplée que l’Allemagne. Son histoire est complexe, faite de bouleversement de terres et de peuples. Mais un élément domine et fournit le fil conducteur jusqu’au début du XXème siècle : la lutte pour la domination de l’islam. C’est d’ailleurs le sens du croissant sur le drapeau turc : il est issu d’un songe du sultan Osman I, dans laquelle la vision d’une immense lune lui aurait montré l’ordre divin de conquête du monde païen.
Les Turcs prennent pied en Europe au XIVème siècle dans la zone des Balkans, et fondent rapidement l’empire ottoman, dont le chef prend le titre de sultan. Ils conquièrent Constantinople en 1453, et de là partent en guerre contre l’Europe chrétienne. En parallèle s’affirme la position du pouvoir ottoman comme chef de file du monde musulman. Serbie, Bosnie, Albanie, Crimée, Egypte, Syrie puis Hongrie tomberont entre leurs mains. Plusieurs fois Vienne, la capitale du Saint Empire, sera assiégée, sans jamais être prise. Les peuples conquis gardent une grande autonomie politique et économique, mais les non-musulmans sont réduits à l’état de dhimmitude : paiement d’un impôt et inégalité de droit.
Après Lépante, l’empire décline peu à peu, rongé par les luttes intestines du pouvoir. A l’extérieur, l’Autriche et la Russie font refluer l’influence turque, malgré un panislamisme toujours vivace. L’empire continue à glisser vers la ruine jusqu’au début du XXème siècle, lorsque Mustapha Kemal, un militaire porté par un nationalisme naissant, prend le pouvoir en 1923 et entreprend une révolution qui bouleverse la société turque : l’Etat devient une république laïque, la vie se modernise et s’occidentalise.
Aujourd’hui, malgré une stabilité politique douteuse (plusieurs coups d’Etat depuis 50 ans, souvent d'origine militaire) et une situation économique désastreuse, la Turquie a adhéré à l’OTAN et est associée au Conseil de l'Europe dès 1963. Elle a demandé d’intégrer la CEE en 1987 .
Eternelle utopie laïciste
On comprend alors mieux les opinions européennes, surtout dans l’Est et les Balkans. Les peuples, malgré les lavages de cerveaux de la pensée unique, ont meilleure mémoire que les technocrates. Le XXème siècle de la Turquie, même s’il n’est pas celui d’un islam conquérant, n’est finalement pas un gage de « bonne conduite ». Cette « modernité » toute neuve semble surtout tenue par les dictatures militaires qui se sont succédées, et certains épisodes peuvent légitimement plus que nous inquiéter quant à la soi-disant extinction du rêve impérialiste turc (et donc musulman) : le génocide arménien, Chypre, l’affaire Kurde…. Que cherchent nos mondialistes ? Même s’il ne leur déplait pas d’attaquer un peu plus la Chrétienté agonisante, ils ne sont pas prêts à se livrer et à livrer l’Europe en pâture à l’islam, tout occupés qu’ils sont à la promotion de leur maçonnique « spiritualité globale ». Alors, que veulent-ils ?
La réponse est donnée – nous semble-t-il – assez clairement dans le Daily Telegraph du 7 octobre 2004 : « Si l’UE peut faire adopter aux islamistes des valeurs démocratiques, alors elle aura montré que sa force de persuasion est aussi importante que la force militaire américaine dans l’objectif de saper toute base politique aux terroristes islamistes ». C’est toujours la même utopie qui anime nos gouvernants, nos Chirac et autres Sarkozy : démocratisons l’islam, rendons-le respectable, donnons-lui un statut dans nos démocraties (même au prix d’une « discrimination positive »), et il aura alors perdu sa force guerrière.
C’est méconnaître cette religion, c’est ignorer sa force profonde : sa volonté d’universalité absolue, alliée à sa conception « lisse » du monde, dans laquelle la relation à Dieu est directe : Inch Allah. Il est donc inutile d’essayer d’inspirer à un musulman une quelconque notion de laïcité, fût-elle la saine laïcité chrétienne issue de la distinction des ordres spirituel et temporel. A plus forte raison la laïcité militante de nos démocraties modernes. Jadis, la religion catholique possédait aussi cette volonté d’universalité, mais dont l’empire s’exerce sur les âmes ; l’organisation matérielle, sociale et politique du monde y étant indirectement subordonnée. Aujourd’hui, les catholiques ayant renié cette « internationale de Jésus-Christ », le mondialisme reste seul face à l’islam, mais avec cohérence idéologique apparament inférieure. Quoique… en creusant un peu, il est possible de découvrir dans la flasque philosophie mondialiste et maçonnique le noyau dur qui s’y trouve caché : l’ « internationale » du Prince du mensonge…. Il est donc clair que la stratégie de faire de la Turquie un avant-poste de l’Europe (et quelle Europe…) dans le monde musulman est périlleuse. A bien y regarder, c’est le monde musulman qui prend pied en Europe. Nous ne nions pas que la Turquie peut et doit constituer un élément favorable à l'Occident dans la balance instable de cette région du monde, tant que ses dispositions politiques font contrepoid aux pays ouvertement « djihadistes ». Les pays d'Europe doivent travailler à maintenir le mieux possible ces dispositions. Cela s’appelle la politique étrangère…
Enfin, il nous faut répondre au grief suivant : « Si vous êtes contre l’Union européenne, pourquoi vous intéressez-vous à l’adhésion de la Turquie ? ». Effectivement, l’Europe qu’on nous fabrique signe la mort de notre civilisation, de la véritable identité européenne dont le socle est chrétien ; et ce n’est pas la seule opposition à l’entrée de la Turquie qui nous sauvera. Mais « la politique c’est l’art du possible ». L’engrenage mortel que nous pouvons arrêter, nous nous devons de l’arrêter. Jamais nous ne désespèrerons de faire de l’Europe celle de la Chrétienté retrouvée. L’arrêt de la décadence c’est déjà le début de la victoire. |
|
Revue Civitas
Abonnement d'un an à la revue Civitas (4 numéros)
20€
Pour acheter au numéro :
Cliquez ici
Rubrique « Documentation » dernières mises en ligne
|