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Slovaquie : des démocrates-chrétiens et une Union européenne christianophobes. |
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Écrit par Dominique MARIVAL
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19-02-2006 |
La coalition centriste et de droite au pouvoir vient d’éclater sur un désaccord lié à la question de la clause de conscience : il s’agit d’une disposition issue d’un concordat. Son entrée en vigueur a été combattue par les instances européennes, car cette clause est vue comme faisant obstacle au « droit à l’avortement » notamment.
Le lundi 6 février dernier, le gouvernement de coalition (4 partis) du premier ministre catholique Mikulas Dzurinda (de l'Union démocratique chrétienne slovaque-SDKU) a éclaté et a chuté, à la suite de la défaillance de ses alliés politiques du parti chrétien-démocrate slovaque (KDH), détenteurs des porte-feuilles de la Justice, de l’Intérieur et de l’Education. Ceux-ci ont rejoint l’opposition, parce que le premier ministre a refusé de faire adopter une « clause de conscience », permettant à "toute personne de refuser d'accomplir tout acte qu'il considérerait comme contraire à sa foi et à ses principes moraux". Ancrée sur le droit universel à la vie et à la dignité humaine, cette clause aurait permis, outre son application au service militaire, aux avocats de ne plus plaider les divorces, aux médecins et aux institutions de santé de ne pas faire de procréation artificielle, d’avortement, d’expériences sur les embryons humains et les cellules sexuelles humaines, d'euthanasie, de stérilisation, aux élus d’enregistrer un partenariat entre homosexuels, aux enseignants de refuser d’enseigner l’éducation sexuelle ou la théorie de Darwin, aux salariés de ne pas travailler le dimanche, etc. Selon ses opposants, il y a là rupture de l’égalité de traitement devant la loi, les Catholiques étant avantagés … Faux, rétorque le ministre chrétien-démocrate de la justice : sur sa base, chacun pourra agir et travailler selon sa conscience. Pour le premier ministre, dont le parti était originellement favorable à la clause, l'adoption de cette clause «risquait de donner un poids très important à l'Église catholique dans le processus de décisions séculières», et de parler d’un texte « mauvais ». La vice-présidente du parti socialiste slovaque évoque d’autres cas d’abus : "sur la base de ce traité, un médecin pourrait refuser de prescrire des contraceptifs, d'avertir une femme enceinte que son foetus est mal formé pour ne pas procéder à un avortement. Un professeur pourra, au nom de l'objection de conscience, refuser d'enseigner certains faits" … Et d’aucuns de pointer l’émergence d’un pôle catholique à l’Est, avec la Slovaquie (évangélisée par les saints Cyril et Méthode ; 70% de Catholiques) et la Pologne. Cette clause d’objection de conscience était prévue dans un concordat signé en 2000 avec le Saint-Siège, ratifié et entré en vigueur en 2005. Son article 7 stipule : "la République Slovaque reconnaît le droit de chacun à obéir à sa conscience conformément aux principes doctrinaux et à la morale de l'Église catholique". La bataille fait rage depuis plusieurs mois. Dans ce pays de 5,4 millions d’habitants, plus de 110 000 signatures ont été rassemblées en trois mois par les partisans du traité regroupés dans un Forum des institutions chrétiennes. A l’opposé, les libéraux, partis de gauche et d'extrême gauche, les féministes, ont récolté moitié moins de signatures "Pour une Slovaquie moderne", … préférant appeler Bruxelles à la rescousse. Des groupes pro-avortement ou féministes comme le Centre de droits reproductifs, Catholics for Free Choice et la Fédération Internationale pour la planification familiale ont fait pression sur le Parlement européen, lequel a enjoint la Commission européenne de saisir pour avis le “Réseau d'experts indépendants” en matière de droits fondamentaux placé près d’elle. Le 15 décembre dernier, après n’avoir auditionné que des associations pro-avortement, le comité rend un avis négatif sur le concordat : violation par la Slovaquie de ses engagements internationaux, C.E.D.H. notamment ; discrimination à l’égard des femmes potentiellement empêchées d’avorter et en faveur de l’Eglise catholique ; atteinte à la liberté de conscience et à l’égalité de traitement des non-catholiques … Bref, des droits fondamentaux tel que le « droit à l’avortement », le mariage homosexuel, l’euthanasie, la contraception sont violés. Et c’est ainsi qu’un comité d’experts nommés fait obstacle à un accord entre deux Etats souverains, dont l’un n’est pas membre de l’U.E. et dans une matière hors des compétences juridiques de l’U.E. … Et le comité en question de demander que le traité comporte des garanties sur les droits et l'accès des femmes à la contraception et à l'avortement. Les élections législatives anticipées auront lieu le 17 juin prochain. Le parti social-démocrate d'opposition est, pour l'instant, donné favori. |
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