Accueil arrow Actualités arrow Commentaires d’actualité arrow « L'Evangile au risque du cinéma »

Faites un don

Chacune de nos activités, chacun de nos engagements a un coût financier qui limite nécessairement nos capacités. Pour nous aider à étendre notre influence, pour multiplier nos actions, nous avons besoin de votre soutien financier (déductible de vos impôts).
Vous ne pouvez nous donner un peu de votre temps ? Donnez-nous un peu de votre argent !

Envoyez un don en cliquant sur le bouton ci-dessous (paiement sécurisé par carte bancaire ou avec un compte Paypal) :

Lettre aux amis de Civitas

Inscrivez-vous à notre lettre d'information électronique






« L'Evangile au risque du cinéma » Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Albane Aldobrandi   
26-02-2004
Ce titre vous dit quelque chose ? C’est au Figaro que revient l'idée de départ : « le cinéma au risque de l’Evangile ». Mais il est préférable d'inverser pour rétablir la justesse de l’expression… Car c’est bien évidemment l’Evangile qui prime, dans l’esprit de Mel Gibson, au détriment du reste : il a risqué une partie de sa fortune (25 millions de dollars) et l’ensemble de sa carrière d’acteur-réalisateur pour produire un film qui puisse montrer, avec la plus grande fidélité, le récit des Evangiles sur la Passion du Christ. Hollywood assiste, médusée...

Un « électron libre » dans le monde d'Hollywood



C'est un boulet de canon qu'a lancé Mel Gibson dans les sages parterres d'Hollywood. Le film est libre, dégagé de tout lien avec les grosses maisons du cinéma. Fort de son seul sujet (et de l'argent de poche de Gibson...), il n'a bénéficié, selon les désirs de son réalisateur, d'aucun moyen de promotion traditionnel : pas de marketing publicitaire, pas de tête d'affiche. New Market films est une petite maison de distribution indépendante dont les films n'ont jamais été de grande envergure. Des avant-premières ont été réservées à de nombreux cercles de religieux, tandis que les critiques américains ont tous dû attendre le lundi précédant la sortie officielle. En gros, une production qui défie la logique hollywodienne. Et pourtant, c'est l'un des films qui fait le plus parler depuis le premier « Star Wars ».

Et qui dit polémique, dit publicité. Les 2000 salles de projection de départ ont été montées à 4600 (« Last Samourai » n'en a eu que 2900) pour le jour du Mercredi des Cendres. Les prélocations dépassaient les huit millions de dollars la veille. Les Eglises américaines ont loué des cinémas entiers pour leurs fidèles. A Plano, dans le Texas, un multiplexe a ouvert ses 20 salles gratuitement pour la projection du film ; et les premières séances étaient à six heures et demi du matin... On ne peut donc s'étonner du résultat de cette première journée : 26,6 millions de dollars de recettes, un record pour un film sorti un mercredi. Le réalisateur s'est vu rembourser sa dette en un seul jour.

C'est donc devenu un phénomène de société, au-delà de tout ce que pouvait espérer Gibson. Tout le monde a son opinion. Tout le monde revendique. Personne n’ignore. Un pilote de course, à Daytona, a couvert sa Chevrolet d'inscriptions relatives au film. Des fidèles vont en pèlerinage jusqu'à la salle de cinéma. Mel Gibson l'avait dit et redit : ce film a pour but « d'inspirer, et non d'offenser » ; il parle « de Foi, d'espérance, d'amour et de pardon ». Et le tournage en est un bel exemple. L'acteur assistait à la messe tridentine tous les jours et recevait les conseils de deux vieux prêtres français... L'un d'eux, le père Charles-Roux parle d'ailleurs d'une « piété exemplaire ». S'inspirant des écrits d'Anne-Catherine Emmerich, Mel Gibson a voulu transposer avec la plus grande fidélité ce qui est le coeur de la vie chrétienne.


« C'est toujours la même eau qui coule... »



C'est ce qui, justement, n'a pas plu à tout le monde. Un script volé, une copie du film subtilisée... Avant même que le montage ait été terminé, ils étaient un certain nombre à l'avoir vu en douce. Dès lors qu'on s'attaque au sujet si sensible de la Passion, le spectre de la censure ressuscite. C'est l'une des plus puissantes organisations juives américaines de lutte contre l'antisémitisme, l'Anti-Defamation League (émanation du B'naï B'rith) qui a lancé les premières attaques, il y a déjà un an, sous la houlette de son président, Abraham Foxman. Ont suivi l'American Jewish Committee et le centre Simon-Wiesenthal, toujours sur le même refrain : le film rend les juifs responsables de la mort de Jésus, et cette monumentale erreur a fait couler trop de sang... (la notion de « peuple déicide » a été abandonnée par l'Eglise en 1965) « Il a fait un choix, celui d'accuser les Juifs...» a déclaré Foxman en sortant du film, mercredi soir. Le rabbin James Rudin, notoirement connu, n'est pas non plus le dernier à honnir publiquement la production de Gibson.

Et cela n'est pas pour nous étonner. En 1993 déjà, M. Rudin avait mené la vie dure au spectacle de Robert Hossein et Alain Decaux, « Jésus était son nom », racontant la vie du Christ d'après les Evangiles ; les deux hommes étaient pourtant de gauche, et leurs représentations avaient eu la bénédiction de la LICRA... Mais lorsqu'Hossein eut décidé de monter la pièce aux Etats-Unis et plus particulièrement à New York, la partie s'annonça moins facile : l'ADL entreprit une campagne d'intimidation pour obtenir, à défaut de son interdiction, de nombreuses modifications, arguant du caractère anti-sémite de certains passages, tel que « l'air macabre et pervers » des prêtres juifs... Robert Hossein eut beau jeu de se défendre, contre le « protectionnisme ridicule (...) du lobby juif », l'ADL réussit à faire prononcer avant chaque représentation une longue allocution où il est davantage question de la Shoah que de la Passion.

Un peu plus éloigné de nous, l'exemple du film de Cecil B. De Mille, « Le Roi des Rois » montre que le B'naï B'rith a même une main sur Hollywood depuis les années 30. Alfred M. Cohen, président à l'époque de l'organisation, avait obtenu du célèbre cinéaste qu’il « corrige » l'inévitable passage sur la Passion du Christ, afin de dédouaner de toute responsabilité les Juifs. Mel Gibson a bien failli, lui aussi, se laisser prendre dans cet engrenage fatal. Il crut bon, quelques semaines avant la sortie du film, d'accepter de couper le passage où la foule des Juifs crie à Ponce Pilate : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants » ; dans le but d'apaiser les clameurs. Elles redoublèrent... et Gibson aurait pu y laisser beaucoup plus que huit secondes de pellicule, s'il n'avait coupé court à toute négociation.


« Ils hurlent avec les loups »



« La Passion du Christ » attendait au moins un soutien. Celui de l'Eglise catholique, de ses hauts et moyens dignitaires. Mais, semble t-il, l'on craint davantage un Gibson pratiquant qu'un Pasolini athée. L'affaire du Vatican est riche de leçons à ce sujet. Le pape a assisté mi-décembre à une projection privée, en compagnie de son secrétaire personnel, Mgr Stanislas Dziwisz ; vers la fin du film, il eut ces mots : « c'est comme c'était ». De quoi faire des vagues. Ils furent rapportés par le porte-parole du pape, Joaquim Navarro-Valls, qui, sous une pression certaine, démentit la chose un mois après : « Traditionnellement le pape n'exprime pas de jugements publics sur des créations artistiques ». On ne trompa pas les plus avisés : la marche arrière était un peu grossière. Reste que le Vatican s'est calefeutré dans une neutralité maladive.

Et les évêques n'ont pas fait mieux. Tous pays confondus. Le lundi précédant la sortie du film, paraissait un petite brochure intitulée « La Bible, les juifs et la mort de Jésus » ; publié par la Conférence épiscopale catholique américaine, le document réaffirme bien sagement le rejet de l'anti-sémitisme. L'Archevêque de Paris, Mgr Lustiger, s'est également empressé de venir à New York avec une douzaine d'évêques : pour signer avec Israël Singer, président du Congrès juif mondial, un message rappelant « le respect mutuel » unissant les deux religions. Les détracteurs de Mel Gibson savaient donc à quelle porte frapper. Ils n'ont pas tardé à couvrir le Vatican de moult réclamations : Abraham Foxman, président de l'ADL, est venu en personne à Rome, demander au pape de dire aux catholiques que le film de Gibson était sa vision des choses et non celle de l'Eglise romaine. Le Grand Rabbin d'Israël, Yona Metzger, s'est aussi adressé à Jean-Paul II, dans le but de lui faire à nouveau publier une déclaration de repentance concernant des siècles d'anti-judaisme...

Et ce n'est qu'un échantillon des tractations. Auxquelles on répondra par la salutaire réaction de l'écrivain juif orthodoxe, David Klinghoffer : « Je ne vois pas ce que le judaïsme a à gagner à mettre en porte à faux Mel Gibson et sa religion et, avec lui, le plus possible de chrétiens traditionnalistes. Je ne crois pas qu'il soit raisonnable qu'une poignée de leaders juifs explique à des millions de chrétiens ce qu'ils doivent croire ». Car enfin, tous n'hurlent pas avec les loups... Et il est bon d'entendre le cardinal Castrillon Hoyos ou le Père Rosica, bibliste canadien, louer l'oeuvre de Mel Gibson, se dire touchés et pleins de méditations fructueuses sur le sacrifice du Christ. Sa sortie en France (pas de date pour l'instant) sera en tout cas l'occasion de montrer du doigt le totalitarisme étouffant qui pèse sur la pensée, tant religieuse que politique : haineux ou indifférents, intellectuels de tous bords vont se retrouver sur la même barque, offrant une bien piètre vision au peuple français. La question est : y aura t-il même un seul journaliste de la « grosse presse » pour défendre une oeuvre qui n'a jamais été si fidèle à l'Histoire ?


« L'horreur ou la splendeur du Vrai »



Quand un réalisateur s'autorise quelques libertés avec les événements historiques, on loue son sens artistique de la création, mais lorsqu'un autre prend un soin tout particulier à raconter le Vrai, il est honni et vilipendé. Un proverbe russe dit : « A qui dit la vérité, donnez un cheval afin qu'il puisse se sauver après l'avoir dite ». La Vérité engendre un parti-pris : elle fait peur... ou elle enflamme. Et si elle est une, les arguments qu'on lui oppose sont multiples. Jim Caviezel, l'acteur jouant le Christ, résume clairement le problème : « Les diviseurs ne sont rien ici de plus que le diable. Satan cherche toujours à séparer la Foi et les religions ». De fait, après la sortie du film, la critique arguant de son antisémitisme a baissé d'un ton : on en a trop parlé. La violence du film est devenue le principal reproche à Mel Gibson. On évoque des « Evangiles selon le marquis de Sade », un film « quasi pornographique » dans sa brutalité (Washington Post)... Bref « un voyage de mort écoeurant » (New Yorker), un véritable appel à la haine.

Certains se sont également jetés sur les « erreurs historiques ». Jésus n'avait pas les cheveux longs... (on a fait le même procès au St Suaire de Turin) ; il ne parlait pas latin. Mais où étaient ces critiques lors de la sortie du film de Martin Scorsese, « La dernière Tentation du Christ » ?! Une contradiction permanente habite leurs propos. Le New York Times a même attaqué le film comme un chef d'oeuvre d'aveuglement face aux prochaines élections présidentielles : « Il est bien utile d'articuler ainsi religion et politique dès lors qu'il y a des voix à soutirer aux Américains croyants ». Et puis, l'araméen a des sonorités proches de l'arabe, on peut y voir un sentiment anti-musulman ! N'ayant plus de matière, on en vient à l'intégrisme, une façon plus rapide de simplifier la controverse. Car le vrai péché de Mel Gibson est en effet d'être traditionnaliste : d'aller à la messe en latin, de ne pas soutenir Vatican II et de ne pas manger de viande le vendredi. Cela a été dit. Et après tout, tant mieux.

C'est ainsi que c'est devenu pour d'autres, les gens de bonne foi, « un cri de ralliement ». Un hurlement de dépit et de ras le bol. La chance de pouvoir être entendu, sans avoir à se soucier d'un pseudo-politiquement correct. C'est un juste retour des choses... On trouve le niveau de violence « dur » mais « approprié ». On se félicite du premier film religieux qui semble s'attaquer à ce qui s'est réellement passé. Comme le disait récemment Mel Gibson, ce n'est pas tant pour convertir les non-croyants qu'il a réalisé ce film, que pour retrouver des Chrétiens debouts. Oui, ce ne sont pas les Catholiques mais les Eglises protestante et baptiste qui le soutiennent le plus aux Etats-Unis. C'est donc une leçon, avant tout, que nous donne Gibson. Une leçon et un exemple. Ce qu'il a fait à une échelle internationale, à nous de le réaliser, à notre échelle, si petite soit-elle. Car, c'est en défendant quelques bastions de la Culture, principe d'unité et de coordination fondamental au sein des sociétés, que celles-ci retrouveront le plus vite la voie chrétienne.

 
< Précédent   Suivant >

Vos achats en ligne

Revue Civitas

Abonnement d'un an à la revue Civitas (4 numéros)
20€

 


Pour acheter au numéro :

Cliquez ici

Rubrique « Documentation » dernières mises en ligne

Sondage

Que pensez-vous de la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ ?