Faites un donChacune de nos activités, chacun de nos engagements a un coût financier qui limite nécessairement nos capacités. Pour nous aider à étendre notre influence, pour multiplier nos actions, nous avons besoin de votre soutien financier (déductible de vos impôts).
Vous ne pouvez nous donner un peu de votre temps ? Donnez-nous un peu de votre argent !
Envoyez un don en cliquant sur le bouton ci-dessous (paiement sécurisé par carte bancaire ou avec un compte Paypal) :
Lettre aux amis de Civitas
Inscrivez-vous à notre lettre d'information électronique
Archives -
mai, 2010
-
avril, 2010
-
mars, 2010
-
février, 2010
-
janvier, 2010
-
décembre, 2009
-
novembre, 2009
-
octobre, 2009
-
septembre, 2009
-
août, 2009
-
juillet, 2009
-
juin, 2009
-
mai, 2009
-
avril, 2009
-
mars, 2009
|
|
Charles de Habsbourg, un saint Louis au XX° siècle |
|
|
|
|
Écrit par Dominique Marival
|
|
07-11-2004 |
Le 3 octobre 2004, le pape Jean-Paul II a béatifié Charles de Habsbourg (1887-1922), devenu empereur d’Autriche en novembre 1916. Avec lui, c’est un modèle de prince juste que le XX° siècle débutant dans le sang et les larmes nous offre, un prince chrétien qui fit son devoir et pratiqua héroïquement toutes les vertus chrétiennes dans le contexte a priori défavorable de l’époque moderne.
Une figure haïe hier comme aujourd’hui : rien de nouveau sous le soleil des ennemis du Trône et de l’Autel
Cette béatification de Sa Majesté Karl, empereur d'Autriche et roi apostolique de Hongrie, est un acte religieux intéressant au plan politique : elle prouve qu’un prince juste – et saint - peut émerger en toute période de l’histoire, fut-elle contemporaine. Certes, pour apprécier le personnage à sa juste valeur, encore faut-il faire abstraction des commentaires orientés et de la désinformation de certains articles de presse, dont l’objectivité est le benjamin des soucis. La palme revenant sur ce plan à ce scribouillard du Figaro qui relia cette béatification à l’affaire de mœurs survenue ces derniers temps dans un séminaire autrichien ; l’évêque du lieu est estampillé par lui « ultrafondamentaliste »… comme Charles, insinue-t-il de façon subliminale. Selon les standards médiatiques, un taliban afghan ou un fou d’Allah n’est, lui, qu’un fondamentaliste, qualificatif suffisant en l’espèce même pour le sieur Tincq, le chroniqueur religieux du Monde pourtant peu suspect de mollesse en la matière… Cette malveillance et cette malhonnêteté intellectuelle, Charles les avait connues de son vivant : il fut alors gravement diffamé et calomnié par des journalistes haineux allemands et anglais… et par des francs-maçons. Le tchèque Bénès, maçon, était l’un des rares à militer pour l’éclatement de l’empire. On ne prête qu’aux riches !
Et pourtant, Charles devrait plaire aux progressistes… pour peu qu’ils soient de bonne foi. Qu’on en juge. N’avait-il pas banni les duels, la flagellation, les gaz de combat, la guerre sous-marine (avant même les fameux 14 points de Wilson) ? Prôné un traitement humain des soldats, des blessés, des prisonniers et un code conduite pour les combattants ? Gracié autant que faire se put les condamnés civils et militaires à mort ? Organisé des soupes populaires pour les civils ? Distribué des aumônes sur sa cassette personnelle ? Créé, le premier au monde… , un ministère des Affaires sociales, chargé des jeunes, des mutilés de guerre, des veuves, des orphelins, s’inscrivant ce faisant dans la lignée d’un comte de Chambord et des catholiques sociaux ? Créé pour l’Autriche la Caisse de maladie, la protection et le droit du travail, les indemnités-chômage, le logement social ? De son vivant, n’était-il d’ailleurs pas appelé « l’Empereur du peuple » par les plus pauvres de ses sujets ? Qui dit mieux, en matière de « droits de l’homme » … et après seulement deux années de gouvernement ?
Des adversaires surtout idéologiques dans le contexte de la « grande guerre »
Le XX° siècle ne fut pas avare de politiciens plus inspirés par la pensée d’un Machiavel que par les principes de l’ordre naturel. Cynisme, rouerie, mauvaise foi, opportunisme, justification de l’emploi de tout moyen par la seule fin du maintien au pouvoir, tel fut le credo qui, arrimé à la défense d’idéologies contre-nature, devait ensanglanter ce siècle mortifère. Quelques hommes d’Etat eurent alors d’autant plus de mérite à gouverner dans la fidélité aux principes naturels et chrétiens : en Autriche-Hongrie, Charles de Habsbourg précèdera ainsi le premier Président de la République d’Irlande Eamon de Valera, le Président Salazar au Portugal, le Chancelier Dolfüss en Autriche, le général Franco en Espagne, le Maréchal Pétain en France, le roi Baudoin en Belgique, et quelques autres hors d’Europe.
En politique, « art du possible », presque tout est affaire de contexte. Pour autant, et quand bien même les vents sont contraires et les temps mauvais, quand donc la marge de manœuvre est étroite, les principes de la loi naturelle et du bien commun demeurent le cap vers lequel la nef doit tendre. Prenez l’empereur Charles : à vue humaine, il a tout raté ; il est le grand perdant de la première guerre mondiale. Héritier en novembre 1916 du plus prestigieux empire qui fut jamais sous le soleil – c’est le cas de le dire, s’agissant d’un descendant de Charles-Quint – le voilà dépossédé de ses trônes d’Autriche et de Hongrie dès 1918, victime des efforts conjugués d’anticléricaux comme Georges Clemenceau, de libéraux comme Lloyd George et de la maçonnerie internationale. S’agissant de cette dernière, précisons que sa mention ici n’a rien d’un effet de plume facile ou « pavlovien » : des travaux historiques ont avéré que le congrès des maçonneries interalliées comptaient la destruction de l’empire d’Autriche-Hongrie parmi ses buts de guerre à elle.
Le sectarisme anti-chrétien gagna cette manche. Il détruisit l’un des principaux Etats chrétiens d’alors. Au-delà, il provoqua une réaction en chaîne de déstabilisation politique de l’Europe lourde de conséquences, preuve s’il en est besoin que le respect des principes naturels et chrétiens n’est pas qu’une question religieuse, mais bien une affaire de paix politique et sociale, d’harmonie, de bonheur et de prospérité temporels aussi. La double monarchie austro-hongroise avait réussi ce chef d’œuvre politique inégalé jusqu’ici de faire vivre en relative intelligence les peuples et nations des Balkans. Avant elle, ils connurent le joug ottoman ; après elle, celui des soviets et de Tito, puis celui des guerres civiles larvées ou ouvertes jusqu’à cette heure même pour certains d’entre eux.
Un des rares « amis de la paix » d’alors, un modèle pour notre temps
Au cœur même de la furie de la première guerre mondiale, deux voix seulement s’élevèrent pour crier « halte au feu ! ». Ce ne furent pas celles des pacifistes estampillés d’avant 1914 façon socialistes qui se jetèrent dans la bagarre sans scrupule, retrouvant ainsi des réflexes militaristes et de nationalistes révolutionnaires. Ce ne furent pas celles des républicains libéraux et anti-cléricaux, grands prêtres des droits de l’homme mais prompts à user du levier de la violence pour servir leur politique idéologique impérialiste, « exporter la révolution » comme le diront bientôt leurs alliés objectifs de l’Est. Non, ces voix furent celle d’un empereur et celle d’un pape, celle de l’Empire et celle de l’Eglise, celle du Trône et celle de l’Autel, celle de Charles de Habsbourg et celle de Benoît XV, celles de deux vrais amis du peuple.
La réaction dès 1915 du second, étant père des chrétiens et donc père spirituel de nombreux Européens, peut se comprendre face à ce « suicide de l’Europe civilisée » (selon les mots du diplomate Eugenio Pacelli) ; mais, étant aussi la « plus haute autorité morale du monde » (selon le même Pacelli), il pourra parler, sur un plan humain et politique, de « cette horrible boucherie (qui) déshonore l’Europe ». Pour sa part, l’empereur d’Autriche n’est pas dans une situation aussi favorable a priori, défenseur obligé qu’il est d’intérêts nationaux, notamment territoriaux. Pour autant, et ce dès le 22 novembre 1916, jour de son accession au trône impérial, il prend l’initiative, avant le Kaiser Guillaume II puis le président Wilson, de tenter un arrêt des hostilités et une paix de compromis sans vainqueurs ni vaincus dans cette guerre européenne fratricide, immorale selon lui. Sans vaincus, c’est une façon de parler puisqu’il acceptera même de faire des concessions territoriales unilatérales : transférer le Trentin de l’Autriche à l’Italie…
Tel est ce prince réaliste, conscient que les injustices d’aujourd’hui sont les ferments des guerres de demain, que l’objectif de la paix passe par la tranquillité de l’ordre, de la justice, que cette paix est un bien si précieux qu’elle impose même des efforts non réciproques. Tel est ce prince lucide, capable de prendre du recul au milieu du combat, et courageux, ne se résignant pas au lâche fatalisme de la guerre à outrance et de la haine. Tel est ce prince juste, digne fils par le sang et la Foi d’un saint Louis restituant au roi d’Angleterre des terres injustement conquises antérieurement par ses pères.
Las, ses efforts de paix séparée – et avantageuse pour la France – menés dans le dos de son encombrant et va-t’en-guerre allié allemand, dans un premier temps acceptés par Briand et Poincaré, seront « torpillés » lâchement par les présidents du Conseil français, Ribot puis surtout Clemenceau, au grand soulagement du Kaiser ; même clivage devant les offres de paix proposées l’année d’après par le pape, puis par le président Wilson : il faut bien parler d’une alliance objective des gouvernements français et allemand, qui coûta deux ans de guerre en plus – le temps du règne de Charles qui n’aura donc connu que des temps troublés - avec leur lot de souffrances et de vies fauchées. Charles devint prisonnier du Grand État-major allemand, perdit son Empire. Mais, il gagna par l’héroïcité de ses vertus dans cette affaire comme dans toute sa vie une couronne impérissable et la reconnaissance de l’Histoire et des hommes de bonne volonté par delà les siècles. Lui n’avait pas cru pouvoir ni devoir séparer ses convictions et ses actes, lui qui, selon les mots du Pape, « était guidé dans son action politique par sa foi chrétienne ». Puisse le Souverain Pontife être entendu quand il ajoute que Charles de Habsbourg, cet « ami de la paix », « est un modèle, particulièrement pour ceux qui assument aujourd'hui en Europe une responsabilité politique ». |
|
Revue Civitas
Abonnement d'un an à la revue Civitas (4 numéros)
20€
Pour acheter au numéro :
Cliquez ici
Rubrique « Documentation » dernières mises en ligne
|