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Bras de fer entre Zapatero et l'Eglise catholique en Espagne Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Jean-Marie LAGARDE   
18-11-2005
Bras de fer entre Zapatero et l'Eglise catholique Espagne José Luis Zapatero tient tête aux évêques et reste ferme sur l'abandon des cours de religion obligatoires à l'école publique.
Diane Cambon
[18 novembre 2005]

LA MANIFESTATION massive de samedi dernier à Madrid contre le projet de réforme de l'Education nationale semble avoir été vaine. Le président du gouvernement espagnol a accepté de recevoir, hier au palais de la Moncloa, les organisateurs de la marche, dont la très puissante Confédération catholique nationale des pères de familles et des parents d'élèves (Concapa). Pour autant, José Luis Rodriguez Zapatero, qui a promis «d'offrir du temps et de la souplesse pour parvenir à un consensus sur la loi sur l'Education», n'a pas l'intention de céder sur la question épineuse des cours de religion.


Dopé par le succès de la marche qui a rassemblé un demi-million de participants selon les pouvoirs publics, le quadruple selon les organisateurs, le président de la Concapa, Luis Carbonell, a réclamé l'abandon pur et simple du projet de loi. Il veut l'ouverture de négociations sur un nouveau texte. Son initiative a reçu le ferme soutien de Mariano Rajoy, le chef du Parti populaire (PP, opposition de droite) dont une importante délégation a participé à la manifestation. Les conservateurs ont d'ailleurs proposé au gouvernement socialiste un pacte sur l'éducation en échange du retrait de la loi.


Dans cette querelle, l'épiscopat espagnol a une nouvelle fois joué un rôle dirigeant. Six évêques (contre 20, lors de la manifestation contre le mariage homosexuel en juin) ont pris part au défilé samedi dans les rues de Madrid.

Des évêques dans la rue


Aux yeux du clergé ibérique, le texte du gouvernement est une «atteinte aux libertés et aux valeurs chrétiennes». Deux aspects du texte sont particulièrement critiqués : les 1 400 collèges privés sous contrat devront obéir au même régime que les établissements publics, sans pouvoir sélectionner les élèves selon leurs critères. Et surtout, l'annulation d'une mesure votée (mais non promulguée) fin 2003, à la fin du mandat du premier ministre conservateur Aznar, qui donnait aux cours de religion catholique un caractère obligatoire dans les écoles publiques, du primaire au lycée. Les résultats obtenus dans cette matière devaient en outre jouer un rôle décisif pour l'entrée à l'université. Avec la nouvelle réforme, le catéchisme reste une matière optionnelle, comme il le fut toujours depuis le retour à la démocratie en 1978.


Derrière la querelle sur le catéchisme, une autre se profile. La vice-présidente du gouvernement, Maria Teresa Fernandez de la Vega, a laissé entendre que l'Etat pourrait réduire le financement public de l'Eglise catholique. Lundi, elle a reproché au clergé de ne pas avoir atteint son objectif d'autofinancement, prévu par le concordat signé en 1979 entre l'Etat espagnol et le Vatican. «L'apport de l'Etat est devenu très important, il ne peut pas augmenter et va devoir diminuer», a-t-elle déclaré. Cette menace a également été émise par le ministre de l'Economie, Pedro Solbes, qui a rappelé qu'outre la quote-part de l'impôt sur le revenu allouée à l'Eglise (environ 140 millions d'euros par an), l'Etat consacre 500 millions d'euros aux salaires des professeurs de religion et 2 milliards aux ordres religieux dans le cadre de l'enseignement mixte privé-public.


Cette question douloureuse a été au centre d'un vif débat ces derniers jours au Parlement. La coalition écolo-communiste Izquierda Unida (IU), alliée de l'exécutif, a présenté un amendement au projet de budget 2006, en vue de modifier le système de financement de l'Eglise. L'amendement a été rejeté par la majorité des députés. Le groupe IU proposait que les fonds ne soient pas avancés au clergé chaque année mais qu'ils lui soient versés chaque mois à concurrence de la somme récoltée par le fisc, qui est en fait inférieure. Cette mesure, qui déclenche les foudres du clergé ibérique, risque de revenir un jour sur le tapis.

 
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