2045264132.pngCIVITAS : Mon Général, pourriez-vous prendre la peine de vous présenter ?

 

Vous commencez par la question la plus difficile et je n’ose pas m’en sortir par cette boutade : Qui suis-je ? Où suis-je ? Où vais-je ? Je suis moi, je suis là et je rentre chez moi. Pourtant cette suite de réponses (de Pierre Dac qui n’est pas de nos idées mais qui ne manque pas de pertinence) est plus profonde qu’il n’y parait.

 

Je suis, en effet, ce que je suis, héritier d’une culture transmise par une famille unie ancrée dans les vieilles traditions françaises originaire du Sud-ouest paysan et catholique, plutôt à droite, par mon père et d’un savant mélange de Lyonnais matinée de Rémois, artistes et d’un centrisme convenable par ma mère. Rien de bien original dès lors que je suis né en 1952, époque où la société était encore ordonnée et les familles stables.

 

Bien que pur produit de l’école « laïque et obligatoire », j’ai le souvenir d’instituteurs (et d’institutrices) et de professeurs de grandes qualités tant morales que pédagogiques avant comme après mai 68 que j’ai vécu intensément à Paris à l’âge des premiers émois et des premiers engagements. Mais ils n’ont été qu’un feu de paille, car, depuis les temps de prime jeunesse, la vocation militaire, assez originale dans ma famille si l’on excepte les périodes de guerres mondiales, m’attirait vers Saint-Cyr et une carrière de soldats que j’espérais digne de mes grands anciens d’Indochine et d’Algérie dont les exploits ont bercé mon adolescence et suscité les rêves de gloire les plus fous.

 

Cependant n’oublions pas les premiers prémisses de la « crise de l’Eglise » que j’ai vécue comme une fidélité aux principes que j’avais appris aux scouts et au catéchisme et comme une marque d’indépendance face au conformisme ambiant et, somme tout assez ridicule (nous nous sommes fait « chasser » de notre paroisse pour avoir critiqué les messes des jeunes, le service de l’autel par les jeunes filles et les horribles chemises rouges que l’on nous imposait). J’ai eu alors la chance de connaître tous les « Grands » de la traditions du début des années 70 et, plus intimement, monsieur l’Abbé Choulot, curé de Négrepelisse, qui m’a profondément marqué. Voilà fondamentalement ce que je suis.

 

Maintenant mon parcours est indiscutablement marqué par 35 ans de vie militaire avec sa grandeur (je m’en doutais) et ses servitudes (je les ai découvertes). En fait toute une vie d’homme passée sous les drapeaux au service de la France dans des postes de commandement au sein des unités de la légion Etrangère et dans les états-majors, essentiellement opérationnels, en France métropolitaine, outre-mer et à l’étranger. Une vie bien remplie, passionnante mais très prenante, où confronté à des situations de crise, voire de guerre ouverte comme en Irak en 1990, je n’ai même pas eu le temps, et peut-être le goût, de m’interroger sur le bien fondé de nos interventions. En revanche, ces « interventions » m’ont confirmé ce que mes lectures et réflexions passées m’avaient enseigné sur la forme de guerre à laquelle l’occident est confronté. Nous sommes, sous une forme qui a évolué, en face de guerres, même larvées, de type subversive, voire pour certaines révolutionnaires.

 

Sous forme de confidence, je peux vous avouer qu’il m’a fallu relire l’excellent livre de Jean de Viguérie (Les deux patries) et que j’en ai vraiment compris le sens et mesuré la portée sur ma propre vie qu’une fois avoir posé le sac. Ce qui n’était qu’ambiguïté dans le feu de l’action est devenu limpide dans le calme de la réflexion. Mais nous reviendrons sans doute sur cette opération de subversion de la notion de Patrie qui m’apparaît comme une donnée fondamentale de l’explication de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

 

Enfin, pour revenir à ma modeste personne, comme mon Bon Ange m’a volé ma télévision il y a plus de 20 ans, j’ai succombé, sans aucune mesure, à un vice qui n’était alors qu’embryonnaire : les livres. Et depuis lors, je navigue dans une bibliothèque de quelques 7000 ouvrages où se côtoient une grande documentation sur la guerre d’Algérie, nos auteurs classiques (Brasillach, Béraud, Maurras, Daudet, Bainville, La Varende, Jacques Perret …), les classiques de demain (Raspail, Blondin, Brigneau…), la crise de l’Eglise et bien sûr des livres sur la guerre car on ne peut renier 35 ans d’une vie. Cette passion est si prenante que j’ai décidé de la faire partager en proposant des livres d’occasion sur catalogue. Je suis donc aujourd’hui libraire « spécialisé » dans ce qui m’a fait tel que je suis et dans ce que j’aime.

 

Pour être complet, il me faut répondre à la question où vais-je ? Et bien la réponse est simple, je m’efforce d’être dans les meilleures conditions possibles pour rejoindre la « maison du père » en essayant de me rendre utile pour ce qui me reste d’existence.

 

Ah oui, j’oubliais (mauvaise déformation du militaire : métier d’abord), et je suis impardonnable car c’est sans aucun doute, la meilleure chose qui me soit arrivée : nous avons, mon épouse et moi, 8 enfants dont une petite dernière de 9 ans.

 

CIVITAS : Comment définiriez-vous la subversion ? Pourriez-vous donner des exemples précis pour illustrer cette définition et éclairer nos lecteurs ?

 

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